samedi 30 juillet 2016

Un maire de Prades contre l'onanisme

Les bons conseils du sieur Pradel

Dans le numéro du 20 juillet 1879 du journal républicain et anticlérical La Farandole, son rédacteur en chef Justin Alavaill se fend d'une charge contre la municipalité de Prades et en particulier contre son nouveau maire, Xavier Pradel. Il le qualifie de « clérical endiablé » et l'accuse d'être un faux républicain faisant « le jeu des réactionnaires » ayant de surcroît essayé de se « faire proclamer maire inamovible », avant d'être rappelé à l'ordre par le sous-préfet de Prades. Il note également qu'avant d'être maire, Xavier Pradel cherchait constamment à faire parler de lui en écrivant sur tout dans les journaux.

Malgré ce portrait peu glorieux, on peut dire cependant que Xavier Pradel sera le premier maire stable de Prades depuis des années puisqu'il demeure en fonction jusqu'en 1885, alors que durant la période 1870-1879 la ville avait auparavant connu neuf maires successifs.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Prades au début du 20ème siècle

Mais Justin Alavaill fait également un autre commentaire sur Xavier Pradel, officier de santé (qualifié localement de médecin mais sans le titre de docteur) avant d'être maire, et qui n'a pas manqué d'attirer mon attention :
« Il a déjà publié, tout seul, un ouvrage que je confesse n'avoir pas lu : Amour et Onanisme. Ce titre croustillant m'a suffit pour avoir du publiciste l'idée exacte de ses hauts mérites. »

En effet, Xavier Pradel publie en 1876 chez un éditeur parisien un petit ouvrage de 43 pages intitulé Quelques considérations sur l'hygiène de la jeunesse : amour et onanisme. Il y aborde les méfaits de l'amour en général puis poursuit avec ceux de l'onanisme en particulier. Il conclue en proposant quelques solutions pour empêcher tout comportement pervers chez les jeunes hommes et jeunes femmes qui se seraient égarés.

J'en ai sélectionné quelques passages. On y retrouve le discours et les pratiques habituels de l'époque, si choquant de notre point vue actuel, et dont on oublie parfois que le changement des mentalités sur un sujet aussi tabou que la masturbation n'est en fait que relativement récent.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Lorsque vous voyez un individu atteint d'une extrême maigreur, qu'il est pâle, engourdi, stupide, se plaignant d'une grande faiblesse dans les cuisses et les lombes, paresseux dans ses actions, cacochyme, ayant les yeux enfoncés, attribuez sans crainte la cause de ce dépérissement à l'onanisme. (p. 15)

La lecture des romans devient une autre circonstance, non moins funeste, qui hâte la corruption des moeurs chez les jeunes filles et qui aujourd'hui est une des causes les plus actives de leur dépravation. (p. 19)

On trouve chez le masturbateur moins un être vivant qu'un cadavre gisant sur la paille, maigre, pâle, sale, répandant une odeur infecte. Il perd souvent par le nez un sang décoloré, aqueux, une bave sort continuellement de sa bouche. (...) Il est au-dessous de la brute, et l'on a peine à concevoir que ce malheureux appartienne à l'espèce humaine. (p. 22)

Si vous avez une domestique ou une nourrice, surveillez-là, vous éloignerez ainsi la première cause, car souvent, pour éviter des tracas, elles n'hésitent pas à frotter ou à chatouiller les parties sexuelles des enfants, afin de les faire dormir. (p. 31)

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Appareils contre l'onanisme du 19ème siècle

Ce que je dis de l'habitude de rester trop longtemps assis m'amène à un autre ordre d'idées, mais dans un autre âge. Je veux parler des demoiselles qui s'appliquent à coudre avec la machine à pédale.
Ce travail amène, par de longues séances, non seulement la stase sanguine dans les parties inférieures, mais encore ce mouvement de la pédale produit un frottement dont les parties sexuelles peuvent se ressentir. (p. 32)

Enfin, lorsque tout a échoué, quand le raisonnement, les conseils, les menaces, les appareils sont insuffisants, il ne reste qu'à pratiquer une opération : c'est l'infibulation chez les garçons, opération par laquelle on perfore le prépuce de deux trous en regard dans lesquels on fait passer un anneau ou un fil d'or ou d'argent ; chez la femme on a recours à l'extirpation du clitoris. (p. 37)

(L'intégralité du texte est disponible pour les curieux en suivant le lien en bas de la page.)

Notons que quelques années plus tard, alors qu'il est maire de Prades, Xavier Pradel sera l'un des témoins à charge de l'affaire du curé de Nohèdes qui éclate en 1881. Ce dernier, accusé d'avoir empoisonné deux soeurs très pieuses dont il héritait tous les biens tout en entretenant une histoire d'amour passionnelle avec l'institutrice du village, sera condamné aux travaux forcés. Le témoignage de Pradel contribuera à insister sur le caractère supposément perverti du jeune curé.

Sources
* La Farandole (Perpignan) du 20 juillet 1879 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
* Xavier Pradel (1876), Quelques considérations sur l'hygiène de la jeunesse : amour et onanisme, Paris, imprimerie de J. Dejey. [domaine public] [lire en ligne sur Gallica]
* Liste des maires depuis 1790, sur le site de la mairie de Prades

Illustrations 
* Carte postale : Place de la République et place Saint-Pierre à Prades, éditions Venant-Bergès (Prades) [domaine public] 
* Couverture du livre Amour et onanisme par Xavier Pradel, imprimerie de J. Dejey (1876) [domaine public]
* Appareils anti-onanisme : illustration anonyme du 19ème siècle [domaine public]

Les autres articles de ce blog concernant la médecine sont ici 
et ceux à propos de Prades .


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

samedi 23 juillet 2016

Danse des mulets à Serralongue en 1881

Contrepas, Marseillaise, saint Éloi et mulets

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Saint Éloi en maréchal-ferrant
Tout le monde connait le bon saint Éloi, évêque du septième siècle, orfèvre et monnayeur, ne serait-ce que par la chanson parodique du Bon Roi Dagobert. Patron de nombreuses confréries, il l'est notamment pour tous les métiers liés à la métallurgie et notamment celui de maréchal-ferrant. C'est donc logiquement que l'on trouve diverses célébrations reliant saint Éloi à l'univers des chevaux. Dans nos contrées, il est d'ailleurs encore d'usage de bénir les mules, jadis très présentes et indispensables dans les montagnes, ainsi que cela se pratique encore par exemple chaque année à Arles-sur-Tech, autour du 25 juin. Cette date correspond à la translation d'une de ses reliques vers la cathédrale Notre-Dame de Paris en 1212, tandis que sa fête officielle a lieu le premier décembre.

Le courrier que nous transmet le journal Le Patriote des Pyrénées-Orientales du 3 juillet 1881 est celui d'un lecteur indigné par ce qu'il a vu à Serralongue, en Haut Vallespir, à l'occasion de la fête de la saint Éloi. On y aurait fait danser le contrepas à des mulets sur un air de Marseillaise ! L'effet obtenu ne pouvait alors être que totalement grotesque (selon ses dires).

On nous écrit de Saint-Laurent-de-Cerdans, le 28 juin 1881 :

Monsieur le Rédacteur du Patriote

Rien de plus curieux et de plus burlesque que la danse des mulets à Serralongue !
Quoi de plus grotesque que de voir ces lourds quadrupèdes danser un contrepas, sur la place publique, au son d'instruments !
Et cela se voit, chaque année, à Serralongue.
Le lendemain de la Saint-Jean, les voituriers de ce village célèbrent la fête de Saint-Eloi, et les mulets prennent part aussi, à leur façon, à cette réjouissance.
Vers les neuf heures du matin, les voituriers, montés sur leurs bêtes, se rendent à la porte de l'église, où le curé bénit les quadrupèdes.
Puis, bêtes et cavaliers vont sur la place publique, au son de la Marseillaise, et c'est alors qu'à lieu cette fameuse danse, qu'on appelle le contrepas des mulets.
Mais quel contrepas, grand Dieu ! Figurez-vous d'énormes quadrupèdes, éreintés de trainer chaque jour la charette, qu'on oblige stupidement à imiter les chevaux de cirque et de manège.
C'est inouï de grotesque !
Cependant, parfois, le comique s'y mêle, surtout lorsque quelque cavalier et sa monture prennent un billet de parterre aux grands éclats de rire de la galerie.
Après la danse, on se rend sur la grand route, où s'exécute un semblant de course, mais les jambes des coureurs refusent de fournir le galop, et tout est fini.
Telle est la danse des mulets à Serralongue.
Recevez, etc.

Un de vos lecteurs.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Sainte-Marie de Serralongue

Note 1 : J'ai épluché la presse des semaines suivantes afin de trouver une réponse à ce courrier, mais personne ne semble contester cette histoire. Voit-on encore des mulets danser sur La Marseillaise à Serralongue de nos jours ?

Note 2 : La Marseillaise n'est définitivement devenue l'hymne national qu'en 1879, soit seulement depuis deux ans lorsque cet épisode est relaté concernant son usage inattendu en Vallespir.

Source : Le Patriote des Pyrénées-Orientales du 3 juillet 1881 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan.
Photos :
Représentation de saint Éloi ferrant un cheval à Plouzévédé (29) par GO69 [cc-by-sa] via WikimediaCommons.
Eglise de Serralongue par Palauenc05 [cc-by-sa] via WikimediaCommons.


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

jeudi 14 juillet 2016

Un chien en cure à Amélie-les-Bains en 1877

Eaux minérales et instinct animal


Nos amies les bêtes nous étonneront toujours.
Après le cas relaté précédemment du chien du curé d'Angoustrine qui connaissait parfaitement le déroulement de la messe, nous pouvons lire, dans Le Réveil des Pyrénées du 10 novembre 1877, le fait, cette fois-ci, d'un chien malade à Amélie-les-Bains et qui semblait avoir compris tout le bénéfice qu'il pouvait tirer d'une certaine source d'eau minérale pour soulager l'objet de sa souffrance.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'établissement thermal Pujade à Amélie-les-Bains

L'esprit des bêtes

Amélie-les-Bains possède, entr'autres sources minérales, une fontaine dont l'eau a la propriété de guérir certaines maladies cutanées. Cette source se trouve située à un kilomètre environ du village et dans un lieu très retiré.
Pendant le séjour que nous fîmes dans cette localité, le bruit public nous apprit qu'un chien dogue, qui était atteint d'une maladie de la peau, allait, de son propre mouvement, boire tous les matins de cette eau.
Les exigences de notre profession ne nous permirent jamais de vérifier ce fait, qui était, cependant, de notoriété publique, et qui nous fut confirmé par les personnes sur la foi desquelles nous pouvions avoir toute confiance.
Ainsi, voilà un animal, un être inférieur dans l'ordre de la création, qui, sans autre guide que son instinct, a su discerner, parmi les diverses eaux curatives que possède Amélie-les-Bains, celle qui était propre à combattre le mal dont il était affecté, et qui avait la constance de faire tous les jours, à heure fixe, un kilomètre dans la montagne pour suivre exactement son traitement !
Combien plus grand serait notre savoir si notre intelligence ne faussait pas nos instincts.

Amable Castillet


Les sources aux propriétés thérapeutiques sont nombreuses à Amélie-les-Bains. Il est donc dommage que l'article ne précise pas de quelle fontaine il s'agit. De nos jours, une quinzaine de sources sont captées et exploitées, mais de nombreuses autres ne le sont pas, soit du fait de leur débit insuffisant ou irrégulier, de la composition chimique de leurs eaux (plus ou moins intéressante), de leur température, ou tout simplement du fait de leur isolement. Celle dont-il s'agit ici semble être à la fois isolée et non exploitée. Peut-être un habitant de la région pourra-t-il nous renseigner sur la localisation de cette source ?

Source : Le Réveil des Pyrénées du 10 novembre 1877 (daté par erreur au 9 novembre 1877) (via le fonds numérise de la Médiathèque de Perpignan) [domaine public]
Photo : Etablissement Pujade, Amélie-les-Bains (date inconnue, fin XIXe, début XXe s.) par Eugène Trutat (1840-1910) (via le Fonds Trutat de la Bibliothèque municipale de Toulouse sur le site Rosalis) [domaine public]


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

dimanche 5 juin 2016

Audacieuse arnaque à Perpignan en 1882

Un peu d'esprit pour une montre

Certains voleurs, tout en ne manquant pas de culot, ne brillent pas toujours par leur esprit. Mais dans le cas contraire, il devient soudain plus facile de manipuler son prochain et d'imaginer d'audacieuses arnaques, ainsi que nous le rapporte le journal Al Galliner du 19 mars 1882. Le fait en question, certifié authentique (mais peut-être peut-on en douter ?), aurait eu lieu à Perpignan, rue Notre-Dame (une ruelle entre la Rue du Marché aux Bestiaux et l'actuelle Avenue du Maréchal Leclerc, près de la salle de spectacles du Mediator).

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Une ancienne montre à remontoir

Un vol inédit et authentique.

Un pick pocket des plus élégants entre chez un pâtissier de la rue Notre-Dame et lui commande mille petits pâtés, livrables le lendemain.

De là il se rend dans le magasin d'un horloger voisin et demande à voir des montres ; le marchand lui fait voir ce qu'il a de mieux et on tombe enfin d'accord sur un superbe remontoir du prix de 500 francs.
Au moment de payer, notre homme se fouille et constate avec étonnement l'oubli de son portefeuille. Mais se ravisant, il dit à l'horloger :
- Venez avec moi, je vais vous faire payer.
Il prend l'écrin et conduisant l'horloger sur la porte du pâtissier, il dit à ce dernier :

- Sur les mille, vous en remettrez cinq cents à Monsieur.
Le marchand le laisse partir sans défiance et ce n'est que le lendemain qu'il comprit qu'il avait eu affaire à un audacieux mystificateur qui lui envoyait 500 petits pâtés au lieu des 500 francs convenus.

L'article ne précise pas de quel type de petit pâté il s'agit, mais cela importait de toute façon peu au voleur, qui cherchait exclusivement à s'approprier la montre. Le préjudice, de la valeur de 1000 petits pâtés pour le pâtissier et de 500 francs pour l'horloger, est considérable à une époque ou un artisan, maçon ou menuisier par exemple, gagne seulement 3 francs par jour, soit 90 francs par mois.

Source article : Al Galliner du 19 mars 1882 [domaine public], via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Source prix de 1882 : voyeaud.org

Photo : Mathey-Tissot [cc-by-sa]

Les autres articles concernant l'année 1882 sont à relire ici.


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

mardi 31 mai 2016

Impressions d'une anglaise à Prades en 1880

Un petit air de paradis...

Depuis plusieurs siècles déjà, les touristes britanniques fréquentent les Pyrénées, que ce soit par curiosité, par désir d'aventure ou pour les bienfaits de ses diverses stations thermales. Les différentes vallées des Pyrénées-Orientales n'ont pas échappé à cet intérêt d'outre-Manche et c'est donc sans surprise que l'on peut lire dans Le Canigou du 5 juin 1880 la retranscription d'un article rédigé par une anglaise, livrant ses impressions pyrénéennes à ses compatriotes. Ayant séjourné à Amélie-les-Bains puis à Prades, on pourrait penser à première vue qu'elle a nettement préféré la sous-préfecture du Conflent et, surtout, son hôtel de résidence. Mais ce n'est en fait pas si simple...

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les allées Arago à Prades

Miss Bewly, une anglaise, vient de publier dans une revue de Londres, Goost-Words, un article sur nos Pyrénées, plein d'humour, de franchise et de joyeuseté. Cet article, vu sa longueur et le manque d'espace, nous oblige à ne prendre que la partie où l'auteur nous parle de Prades :

« Vers le milieu d'avril, les vents d'ouest sont insupportables à Amélie. Ils nous apportent une fournaise. Mon docteur me conseilla le séjour de Prades. Un chemin de traverse peut vous conduire d'Amélie à Prades ; je conseille cependant aux touristes qui ne sont pas très forts la voie de Perpignan.
« Prades est une charmante petite ville située dans une délicieuse vallée du côté nord du Canigou et non loin des contreforts qui forment sa base. De Prades l'on peut faire de très jolies excursions... Et puis, quelle chose imposante que de voir le Canigou recevant sur sa couronne de neige les derniers rayons d'un soleil couchant !
« L'une des plus grandes attractions de Prades, c'est l'hôtel January. Mlle J... est la perfection des hôtesses, et je crois qu'elle trouve le bonheur de sa vie dans le bien-être de ses convives. Elle cherche pour eux toutes les délicatesses, et sa sollicitude est toujours éveillée ; le gourmet le plus difficile est obligé d'avouer que tout est parfait.
« La bonne qualité du boeuf à Prades est incontestable ; il se fond dans la bouche comme un bonbon, - tandis qu'à Amélie il est presque toujours coriace.
« Les mots ne sauraient décrire Mlle J... et sa table d'hôte, ses déjeuners et ses diners. La chère demoiselle sert quelquefois ses convives elle-même. Elle tourne autour de la table en tourmentant ses lèvres, vous presse de manger du ton le plus insinuant, et vous dit d'un air irrésistible.
« - N'est-ce pas que c'est délicieux ?
« Et vous vous empressez de répondre :
« - Oui.
« Puis à un autre :
« - Tenez... ceci est très bon... je vous conseille d'en manger.
« Et avant que vous ayez eu le temps de répondre, le morceau tombe dans votre assiette. Quelquefois l'on vous sert des foies de poulets cuits avec des herbes odorantes, de superbes mayonnaises, ou bien quelque chose d'inconnu mais délicat avec un goût d'Ambroise.
« Les prix pour ces sortes de fêtes et les confortables chambres à coucher sont comme ceux d'Amélie très raisonnables. Si Mlle J... pouvait transporter son hôtel par dessus le Canigou et le placer à Palalda, ce lieu serait un petit paradis. » O.T.

Pourquoi Palalda ?


La dernière page du journal contient une publicité  pour des consultations à l'hôtel January les vendredis d'un dentiste américain au nom prédisposé : le docteur John Moeller ! Sans doute valait-il mieux le consulter, lui, plutôt que son concurrent présent à la foire de Prades à cette même époque et qui revendiquait le titre de champion des arracheurs de dent !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Note : Le temps m'a manqué pour faire plus de recherches à propos de ce délicieux hôtel January. Il est en tout cas déjà recommandé par le « Guide to the south of France and to the north of Italy » en 1873. N'hésitez pas à partager des informations en commentaire, si vous en avez !

Source article et publicité :
Le Canigou du 5 juin 1880 [domaine public] via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Carte postale : Librairie Venant-Bergès (début 20ème siècle) [domaine public]


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

lundi 9 mai 2016

Inégalité devant la mort à Perpignan en 1904

Un enterrement qui prend du temps

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Notre-Dame de la Réal
Un mort pauvre et divorcé éprouve des difficultés à se faire enterrer à Perpignan, ainsi que nous l'indique un article paru dans le journal républicain, anti-clérical et socialiste La Cravache du 24 juillet 1904.
Sa famille essuie d'abord un refus de la part du curé de Notre-Dame de la Réal, ce dernier ne souhaitant pas célébrer de messe pour le défunt, celui-ci ayant été divorcé puis remarié. Cette attitude est encore normale pour l'époque et le journaliste ne manque d'ailleurs pas de préciser que cet incident était prévisible. Cependant, l'incapacité de la famille à régler les frais d'enterrement auprès des Pompes funèbres retarde la cérémonie, et c'est bien l'attitude de ces dernières qui est brocardée dans cet article. La chaleur du mois de juillet aggrave les circonstances et finit par indisposer tout le quartier.

L'égalité devant la mort


Dernièrement, exactement mercredi dernier, mourrait un brave travailleur, nommé Bernadach que telle un coup de massue, une insolation abattait sur la terre qu'il arrosait de sa sueur.
Il fut transporté chez lui et, aussitôt des démarches furent faites, à tort selon nous, auprès de son Eminence, le curé de N.-D. la Réal pour l'inhumation religieuse.
La réponse du corbeau fut typique : « Nous connaissons M. Bernadach ; l'église ne prêtera pas son concours à la cérémonie, parce que le décédé est divorcé et remarié ! »
Disons en passant que ce fut bien fait pour la famille Bernadach ; elle n'avait qu'à ne pas solliciter le concours des flamidiens et cette réponse ne lui aurait pas été faite.
Nous croyons cependant que si Bernadach, au lieu d'être un pauvre hère, eût possédé des millions, le cas ne se serait pas produit, pas plus que n'aurait eu lieu le scandale qui éclata à l'arrivée des Pompes funèbres.
Les employés de cette administration se conduisirent, en la circonstance, comme des goujats.
Ils exigèrent, lorsqu'ils portèrent le cercueil, que le prix en fut réglé immédiatement ; et de crainte que la somme ne leur fut pas remise et pour s'éviter un surcroit de travail, la bière, pendant la transaction, fut laissée au milieu de la rue.
De plus, l'administration des Pompes funèbres, sous le prétexte qu'elle a le droit de réglementer les enterrements d'indigents, ne voulut inhumer le corps de Bernadach que vendredi dernier à 5 heures, soit près de deux jours et demi après le décès.
A l'heure où nous écrivons, nous ne savons si, devant les protestations indignées des voisins qui sont forcés de fuir leurs demeures, le bureau d'hygiène aura exigé de M. Cauvet un prompt enlèvement du corps.
Mais, en tout état de cause, que penser du sans-gêne des Pompes funèbres ?
Même devant la mort, l'égalité n'est qu'un vain mot.


R. S.


N.-B. - Nous apprenons qu'à la suite des démarches faites par les intéressés auprès du bureau d'hygiène et du commissaire de police, les obsèques de Bernadach ont eu lieu jeudi dernier à cinq heures du soir.
Cela ne détruit pourtant pas notre argumentation.


R. S.

Note : le terme de flamidien, utilisé dans cet article pour désigner péjorativement le personnel clérical, fait référence à l'« affaire Flamidien », datant de 1899 et dans laquelle un Frère du même nom et de l’école Notre-Dame de la Treille à Lille fut accusé d'avoir tué un jeune garçon dans un parloir. Relâché faute de preuves, cet épisode fut l'occasion d'une importante campagne de presse anti-cléricale.

Source : La Cravache : Organe républicain, anti-clérical et socialiste de Perpignan du 24 juillet 1904 [domaine public], via Gallica.
Photo : L'église Notre-Dame de la Réal, par Enfo [cc-by-sa], via Wikimedia Commons.


Pour rappel, cet autre article paru dans le même numéro de La Cravache
et qui se moque du maire de Perpignan et de son adjoint, à relire ici.



Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

samedi 30 avril 2016

Vingrau le 4 juin 1815

Changement de maire à Vingrau en 1815

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'école et la mairie à Vingrau

Je poursuis avec la commune de Vingrau mes retranscriptions concernant les archives de la période des Cent-Jours en 1815 dans le département des Pyrénées-Orientales. Nous allons voir qu'à l'instar de la plupart des communes déjà traitées, le maire de Vingrau a dû, lui aussi, laisser sa place à un sujet sans doute plus fidèle à l'Empereur.

Note : la retranscription suit l'orthographe et les lignes du document.

Vingrau

L'an mil huit cent quinze et le quatre
juin dans la commune de Vingrau departement
des Pirénées Orientales, canton de Rivesaltes.



Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Nous Parés maire, et Resungles adjoint,
assemblés dans le lieu ordinaire de nos séances.
En vertu de l'arreté de Monsieur le prefet, en
date du 27 mai dernier, et la lettre de Monsieur
le sous prefet du 27 mai dernier, qui nous ordonne
d'installer Monsieur Louis Resungles maire, et
Michel Chavanette adjoint de la susdite commune
de Vingrau, tout de suite j'ai procedé selon les
formes prescrites par le Decret impérial
du 30 avril dernier, a l'installation de
Louis Resungles, pour maire, et
de Michel Chavanette, pour adjoint, en presence de
nous Parés maire, et Resungles adjoint, sortants,
ont prêté le serment requis par la loi,
d'obeissance aux constitutions de l'empire, et de
fidelité à l'Empereur.
De tout ci dessus avons dressé le present
proces verbal le jour mois et an ci dessus,
et avons signé

[signatures]
Ls Resungles maire
Parés maire
Michel Chavanette adjoint
Resungles adjoint


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les signatures des maires et adjoints de Vingrau en 1815


Le document ci-dessus nous informe donc qu'en ce 4 juin 1815, le maire en place, Parés, est remplacé par Louis Resungles sur ordre du préfet des Pyrénées-Orientales daté du 27 mai 1815. L'adjoint sortant, Resungles, est lui aussi remplacé par un certain Michel Chavanette, sans que l'on sache vraiment si l'adjoint sortant et le nouveau maire sont la même personne ou non. Le fait d'avoir quatre signatures (les deux maires et les deux adjoints) et non trois pourrait inciter à penser qu'il ne s'agit pas des mêmes personnes, mais la similarité des deux « Resungles » me ferait plutôt pencher pour un même individu. Quoi qu'il en soit, ces signatures prouvent que tous savent au moins signer leur nom et même écrire, au contraire par exemple du maire de Cabestany à la même époque.

Le site Geneanet nous fournit une liste incomplète des maires de Vingrau. On y trouve mentionné un certain François Pares qui aurait été maire de 1806 à 1820. On y trouve aussi un Louis Resungles qui aurait été maire de 1830 à 1831 et quelques mois en 1846, sans que l'on puisse affirmer que ce soit le même que celui de 1815, le nom de Louis Resungles renvoyant notamment à plusieurs habitants différents de Vingrau nés dans les années 1780. On constate enfin que de nombreux Resungles et Chavanette ont été maires de Vingrau tout au long du 19ème siècle et jusqu'au début du 20ème siècle.

Il paraît manifeste que nous sommes encore ici en présence d'un maire oublié, ainsi que nous l'avons déjà vu pour Bouleternère, Laroque-des-Albères ou Catllar, du fait du sans doute très court mandat exercé par Louis Resungles, bref remplaçant de François Parés. Ce dernier a sans doute dû récupérer sa fonction sitôt la monarchie rétablie, courant juillet de la même année.


Source : ADPO, 2M37
Toutes photos : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]


Pour rappel, cet autre article concernant l'incendie de la mairie de Vingrau, à relire ici.


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !