lundi 13 novembre 2017

Boule d'Amont le 7 juin 1815

Je poursuis avec la commune de Boule-d'Amont mes retranscriptions concernant les archives de la période des Cent-Jours en 1815 dans le département des Pyrénées-Orientales. Nous allons voir qu'à l'instar de la plupart des communes déjà traitées, le maire de Boule-d'Amont a dû, lui aussi, laisser sa place à un sujet sans doute plus fidèle à l'Empereur en ce 7 juin 1815.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La mairie de Boule-d'Amont.

Note : le texte est retranscrit tel quel, sans modification de l'orthographe et suivant le contenu de chaque ligne.

Ce jourdhui septieme jour du mois de juin de lan mil
huit cent quinze, nous Toubert Dominique maire en éxercice de la
commune de Boule d'amont du troisiéme arrondissement du departement
des Pyrenées Orientales d'après la lettre de monsieur le sous préfet en
date du trois du courant mois de juin à laquelle était joint un arreté
de monsieur le préfet sous la date du premier juin courant par lequel
il ordonne d'aprés avoir vu le procès verbal des operations de lassemblée
primaire de cette commune de Boule d'amont en date du vingt-un mai
dernier d'installer le sieur Damien Blanc pour occuper la place de maire
et le sieur Damien Ollet pour occuper celle d'adjoint élus par l'assemblée
primaire de cette commune le sus dit jour et en outre de leur faire preter
le serment préscrit par l'article cinquante six du Senatus consulte du
vingt huit floreal an douze incéré au premier article du decret
imperial du huit avril dernier Bulletin n°12 concu en ces termes -
« Je jure obeissance aux constitutions de l'empire et fidelité
« a l'empereur » -.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Un extrait du texte.


En consequence aÿant convoqué les sieurs designés au local
ou se tiennent ordinairement les seances municipales et nous nous sommes
aussi enjoint deux membres du conseil municipal ainsi que deux autres
particuliers de cette commune. Avant tout nous avons fait lecture
de la lettre et arreté ci dessus precités et ensuite nous avons fait metre
les sieurs Blanc et Ollet en notre presence et avons prononcé mot
à mot le serment ci contre lequel a été repeté 1° par le sieur Damien
Blanc 2° par le sieur Damien Ollet. Aÿant tous les deux la main
levée que d'après cette formalité remplie conformement a la loi avons
declaré et prononcé que le sieur Blanc Damien en éxecution des ordres
ci dessus precités était dès ce moment installé maire de cette commune
et le sieur Damien Ollet en execution des memes ordres était des ce moment
installé adjoint au maire de cette commune et que chacun d'eux
remplirait ces fonctions en leur dite qualité dans cette commune de Boule
d'Amont et que d'après cette installation par nous faite ils seront reconnus
par leurs administres respectifs tels que la loi le veut et avait ordonné
conformement à la lettre ci dessus prescrite de monsieur le sous prefet que
proces verbal serait redigé sur le registre de la mairie de cette installation
et que copie conforme serait éxpediée à monsieur le sous préfet pour lui
constater l'éxecution des ordres ci dessus énoncés que Damien Blanc a signé
ainsi que Damien Ollet avec nous maire en exercice, fait et dressé à
Boule damont le jour mois et an que ci dessus. - Toubert maire Blanc
maire installé et Ollet. - Pour copie conforme. -

[Signature de Toubert maire]

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Signature du maire sortant Dominique Toubert.


N'ayant pas trouvé en ligne de liste des maires de Boule-d'Amont, je ne peux dire depuis quand Dominique Toubert était maire de la commune. Je n'ai pas trouvé d'informations sûre sur lui, bien qu'il existe un Dominique Joseph Tubert, né en 1763 et mort en 1818, fils d'un Joseph Tubert né à Boule-d'Amont. De Tubert à sa prononciation phonétique Toubert, il n'y a qu'un pas, d'autant plus qu'il existe encore un Mas Tubert à Boule-d'Amont. Quoi qu'il en soit, si c'est lui qui a rédigé le texte, c'est en tout cas quelqu'un de relativement éduqué, du fait de son écriture régulière et de la quasi absence de fautes (hormis les accents dont l'emploi est toujours un peu aléatoire à cette époque) et malgré le style très administratif du courrier qui correspond peut-être à un modèle envoyé par la préfecture.

Remplacé en ce 7 janvier 1815 par Damien Blanc, le nom de ce dernier apparaît dans le registre des mariages de Corsavy en 1829, étant le père d'Alexandre Blanc, « propriétaire à Boule-d'Amont » qui se marie alors avec une demoiselle originaire de Boule-d'Amont également mais vivant à Corsavy (à quelques kilomètres plus au sud). Je ne sais pas non plus jusqu'à quand Damien Blanc a exercé le mandat de maire.

Concernant le nouvel adjoint au maire, Damien Ollet, une personne de ce nom est bien née à Boule-d'Amont le 14 mars 1778 et exerçait le métier de chirurgien. Il aurait donc eu 37 ans au moment de sa nomination.

Avis aux lecteurs de cet article : n'hésitez pas à transmettre des informations sur ces personnes si vous en avez !

Sources :
* ADPO, 2M37
* Dominique Toubert  : Geneanet
* Damien Blanc : Cortsavi sempre
* Damien Ollet : Geneanet

Illustrations :
* Photo de la mairie : MartinD [cc-by-sa] via Wikimedia Commons
* Photos du texte : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]


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samedi 21 octobre 2017

Sobre mariage à Joncet en 1880

Situé en Conflent, le hameau de Joncet fait depuis longtemps partie du territoire de Serdinya, à l'ouest duquel il se trouve. On le traverse généralement sans vraiment y prêter attention lorsque l'on suit la route N116 pour monter en Cerdagne, l'essentiel des maisons étant en contrebas, de même que le chemin qui mène à la gare du train jaune.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le hameau de Joncet

On peut lire dans  le journal de Prades « Le Canigou » daté du 10 juillet 1880 le récit d'un mariage ayant eu lieu dans ce hameau, depuis les préparatifs jusqu'au jour de la noce. Nul véritable drame ici qui justifierait son inclusion dans la rubrique des faits divers, mais toutefois un singulier contretemps que le journaliste de l'époque, avec le talent de raconteur qu'avaient les membres de cette profession en ce temps, arrive à transformer en une bonne histoire.

Nous ne savons s'il nous faut qualifier de vol ou de mauvaise farce la singulière histoire qui s'est passée ces jours-ci à Joncet, commune de Serdinya.

M. Michel Acézat, bon propriétaire de l'endroit, mariait sa fille ; on était arrivé à la veille de la cérémonie, et parents et amis s'occupaient avec activité des préparatifs du festin.

Pendant que les uns plumaient des volailles, que les autres donnaient le coup de grâce à d'innocents agnelets ou à d'inoffensifs lapins, que les ménagères modèles fourbissaient la vaisselle, les jeunes gens organisaient une petite sauterie d'essai : c'est que depuis la dernière fête locale, on n'avait pas dansé à Joncet, et il était bon de s'assurer que l'on était en état de faire bonne figure au bal de noce, le lendemain.

L'essai réussissait au-delà des espérances et l'entrain était à son comble, lorsqu'une grande clameur retentit dans le camp des sacrificateurs - lisez cuisiniers. - L'un deux avait eu l'idée toute naturelle de mettre en bouteilles, le vin renfermé dans une outre et qui attendait dans la fraîcheur du cellier, le moment de son entrée en scène. Hélas ! hélas ! Comment peindre une pareille stupéfaction ? L'outre aux flancs rebondis, que plus d'un convive avait complaisamment caressée du regard, gisait à terre flasque et dégonflée, complètement débarrassée du nectar vermeil qu'elle avait contenu.
Toutes les recherches furent inutiles pour découvrir le ou les audacieux voleurs, de même qu'il fut impossible de se procurer d'autre vin.

Pourtant, il fallait se marier, des parents étaient accourus de plusieurs kilomètres ; le maire, le curé, le festin, tout était prêt. On se maria donc, et on assure même que l'on rit tout de même, en buvant de l'eau, car le miracle des noces de Cana ne fut pas renouvelé, notre siècle impie n'étant pas digne d'une telle faveur.

C'est égal ! Boire de l'eau à une noce, dans notre vieux Roussillon, voilà un fait qui mérite de trouver sa place dans les Éphémérides roussillonnaises.

Souhaitons aux jeunes époux de Joncet et à leurs invités d'être bientôt comme les montagnards de la Dame blanche « réunis » pour une fête où cette fois le vin ne manquera pas.

Note 1 : Il n'y a pas de véritable église à Joncet, mais une chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste. Le mariage y a-t-il été célébré ? Ou était-ce plutôt dans l'église paroissiale Saint-Côme-et-Saint-Damien de Serdinya ? L'article ne le précise pas, quoique la deuxième option semble la plus probable, la chapelle n'ayant sans doute pas la capacité d'accueillir l'affluence importante qui est généralement celle des mariages.

Note 2 : Les Éphémérides roussillonnaises sont à l'époque une rubrique régulière du journal Le Canigou indiquant les événements remarquables s'étant produit en Roussillon chaque jour de l'année.

Note 3 : Pour ceux à qui l'éducation religieuse ferait défaut, l'épisode des noces de Cana est celui où Jésus change l'eau en vin, miracle malheureusement non reproduit à Joncet.

Note 4 : La Dame blanche ne fait pas référence à un légendaire fantôme, mais plutôt à l'opéra-comique du même nom composé par Boieldieu en 1825. On y trouve une histoire de montagnards écossais, parmi lesquels l'un deux cherche son amour perdu... la fameuse dame blanche.

Source :  « Le Canigou » daté du 10 juillet 1880 [domaine public] via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Photo : Jack Ma [cc-by-sa] via Wikimedia Commons


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samedi 5 août 2017

Une couleuvre géante à Sournia en 1907

On peut lire dans La Montagne du 22 juin 1907 et Le Réveil catalan du 23 juin 1907, mot pour mot, un même article relatant la mésaventure d'un berger de Sournia. Celui-ci se trouve confronté à un serpent de taille inhabituelle, au point d'être capable de pouvoir étrangler une de ses chèvres ! Il parvient à le tuer.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Une couleuvre de Montpellier

Sournia

Chèvre étranglée par une couleuvre. - Ces jours derniers, le chevrier du hameau de Combous, commune de Sournia, faisant paître son troupeau sur les contreforts de Cournevieille, s'aperçut, avec stupéfaction, qu'une énorme couleuvre s'était élancée au cou d'une chèvre. Cette dernière fut vite étranglée, sans que le berger osât se porter à son secours. Néanmoins, quelques jours après, le chevrier, armé d'un fusil, réussit à tuer cette couleuvre énorme, qui constituait un véritable danger pour les troupeaux, voire même pour les bergers.
Ce spécimen, de très rare grosseur sur nos régions, mesure trois mètres de long.

Le Canigou du 22 juin 1907 nous apporte une précision : le nom de l'auteur de l'exploit.

Sournia. - Etranglée par une couleuvre. - Le sieur Delès, de la métairie de Courbons, vient de tuer ces jours-ci une couleuvre ne mesurant pas moins de trois mètres de long.
Cette bête dangereuse avait quelques jours auparavant étranglé une chèvre en l'enlaçant autour du cou.
C'est la première fois qu'on voit dans nos parages une couleuvre de pareille grosseur.

Parmi les sept espèces de couleuvres présentes en France et notamment dans le sud de la France, la plus grande est la couleuvre de Montpellier,  dont les mâles peuvent atteindre une taille déjà respectable de 2 mètres, certains spécimens exceptionnels pouvant aller jusqu'à 2,50 mètres. L'individu tué à Sournia est donc extraordinaire par ses dimensions ! Bien que non venimeux et la plupart du temps sans danger pour les humains, ce serpent inhabituel constituait sans doute par sa taille un danger pour ce pauvre berger et son troupeau.

Le lieu mentionné, Combous ou Courbons selon les journaux, est en fait le Mas Courbous (Corbós), habitation isolée à l'ouest du village de Sournia et située à plus de 600 mètres d'altitude. On y trouve accolé au mas une église romane du 12e siècle, dédiée à Saint-Just, ainsi que les ruines d'un château sans doute du 11e siècle. Il y avait jadis en ce lieu une famille de seigneurs de Corbós, dont plusieurs membres furent templiers.

Le lieu de patûrage, Cournevieille, semble correspondre sur la carte au ravin de Coumoubeille, situé juste à l'ouest du mas.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Vue aérienne des environs du Mas Courbous


Sources :
* La Montagne du 22 juin 1907 [domaine public]
* Le Réveil catalan du 23 juin 1907 [domaine public]
* Le Canigou du 22 juin 1907 [domaine public]
* Cartes IGN, via le site Géoportail
* Faits historiques : Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t.2, Pau, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985

Illustrations :
Couleuvre de Montpellier : Alexandre Roux [cc-by-sa]
Vue aérienne : © IGN


A lire aussi sur ce blog : Record de longévité à Sournia en 1897


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dimanche 11 juin 2017

Arrivée du Lydia au Barcarès en 1967

Le Barcarès fête ce 11 juin 2017 le cinquantième anniversaire de l'ensablement du navire Le Lydia, devenu tout naturellement le symbole phare de la station balnéaire et un lieu d'attraction et de loisirs aussi bien des touristes que des locaux.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Lydia en 2005

Résumons brièvement l'historique du Lydia. Bateau de croisière construit au Danemark en 1931 pour une compagnie australienne sous le nom de Moonta, puis vendu en 1955 à une compagnie grecque qui le rebaptise Lydia, il est désarmé et racheté en 1966 par la SEMETA, société d'équipement des Pyrénées-Orientales, dont le président n'est autre que le sénateur Gaston Pams, avec le projet que l'on sait, sorte de cerise sur le gâteau au sein du projet de développement de la Mission Racine.

Le reportage qui figure ci-dessous, réalisé à l'époque, dure un peu plus d'une demi-heure et présente notamment la dernière étape des travaux qui fut sans doute aussi la plus délicate : l'ensablement du navire. On y voit aussi deux interviews très intéressantes : d'abord Gaston Pams et ses projets d'aménagement du navire et de développement des infrastructures, puis Georges Candilis, l'architecte visionnaire qui de 1964 à 1972 redessine le littoral, urbanise et définit les projets immobiliers. On y apprend notamment que pour faciliter la paperasse administrative, Le Lydia une fois désarmé est déclaré comme un simple "engin flottant" et non plus comme un navire car, de fait, il n'était plus apte à naviguer (plus de moteurs, etc) !

Pour ceux qui n'auraient pas le temps de voir le film en entier, j'ai pris la peine ci-dessous d'en détailler le synopsis.

Entre hier et demain Le Barcarès
Reportage de Pierre Dumayet
Réalisation de Jean Pollet
31 min 57 s

0:00 Comment était Le Barcarès d'avant ? Des pêcheurs et des cabanes...
3:00 Evocation du creusement du chenal pour faire avancer le Lydia et départ du Lydia depuis Marseille trainé par des remorqueurs.
4:00 Arrivée avec un peu trop de vent le jour J, manœuvres.
7:30 Entrée dans le chenal, l'opération a duré 8 heures.
8:00 Interview de Gaston Pams, président de la SEMETA et sénateur des Pyrénées-Orientales :  détails sur l'acquisition du Lydia et projets d'aménagement à l'intérieur.
11:00 Interview de badauds.
12:30 Suite des travaux avec ensablement (6 millions de m3 de sable).
14:30 Viabilisation du terrain en même temps et construction des routes.
15:00 Interview de Georges Candilis chef du projet d'aménagement du Barcarès : ports et routes.
19:30 Gaston Pams sur les infrastructures.
20:30 Candilis sur l'aménagement urbain.
24:00 Suite et fin des travaux de remblayage du Lydia.
28:00 Arrivée des premiers visiteurs.
29:30 Le Lydia by night : bar de nuit et piscine.
31:57 Fin du film.

Le film commence et finit avec une sardane.

A lire sur le site ssmaritime.com (en anglais) un historique très complet du Lydia de 1931 à aujourd'hui.
A lire aussi, le blog des Amis du Moonta Lydia (en français), pour tout savoir sur ce navire.

Crédit photo : Garami [cc-by-sa], via Wikimedia Commons


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mercredi 7 juin 2017

Mort d'un torero à Céret en 1884

Le quotidien du Roussillon du 1er mars 1884 nous informe brièvement de la mort dramatique d'un torero dans les arènes de Céret.

Mort d'un toréador : Le 24 février, un toréador surnommé le Gavatj a été tué par le taureau dans une course qui avait lieu à Céret. Le Gavatj était un des amateurs qui réussissaient le plus souvent à gagner la prime de 20fr. en enlevant la cocarde du taureau emboulé, dans les arènes de Perpignan. Il est mort deux jours après l'accident qui lui était survenu, et au milieu d'atroces souffrances.

De la même manière, le bi-hebdomadaire Le Canigou dans son numéro double du mercredi 27 février / samedi 1er mars 1884 nous donne sa version des faits avec quelques variantes.

La course de taureaux qui a eu lieu dimanche dernier à Céret a été le théâtre d'un drame horrible. Le toréador Gabatj (mot dont les Espagnols se servent pour désigner ironiquement un Français) a été presque empalé par un coup de corne qui lui est entré dans le corps à 25 centimètres de profondeur.
Ce malheureux toréador est mort mercredi après trois jours de souffrances atroces.


On peut donc déduire d'après cet article que le pauvre toréador a donc été empalé le dimanche 24  et est mort le mercredi le 27 février 1884.

L'hebdomadaire perpignanais Al Galliner du 9 mars 1884 revient sur cette affaire en donnant plus de détails sur la vie de ce torero, dont on ne saura par ailleurs que le surnom de Gavatj ou Gavach, mais jamais le nom véritable.  Bien qu'encore jeune, ce n'était pas un novice, ayant débuté très  tôt, mais l'embonpoint qu'il aurait développé au cours des années semble avoir causé sa perte. L'événement est d'autant plus tragique que ce torero devait se marier le lendemain. Le journaliste en profite aussi pour répondre aux détracteurs des courses de taureaux.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


La mort d'un torero

Le jeune torero qui vient de mourir à la corrida de Céret était né à Fitou, département de l'Aude. Il fut nourri à Arles-sur-Tech, où on lui donna le surnom de gavach, qualificatif par lequel (comme le fait justement remarquer Le Républicain) les catalans du Roussillon et d'Espagne désignent les Languedociens. Fixé dans la capitale du Vallespir, il reçut de son père nourricier les premières leçons de tauromachie ; la témérité du maître devait déteindre sur l'élève.

Nous avons vu le gavach, il y a quelques années, aux courses de St-Laurent-de-Cerdans, il était alors maigre, nerveux, d'une agilité extraordinaire, bondissant autour du taureau sans la moindre capa pour se protéger, enlevant les cocardes. L'audace qu'il déploya ce jour-là, montra aux nombreux aficionados que le jeune torero périrait de son imprudence.

Modeste autant que courageux, il dédaignait les fanfaronnades auxquelles nous ont habitué les toréadors-acrobates nîmois et en particulier le fameux Pouly. Il pratiquait et connaissait l'art de la tauromachie et non les exercices de cirque.

Nous l'avons revu plus tard aux courses de Perpignan, mais l'embonpoint lui avait enlevé la plupart de ses facultés, il avait de la peine à gagner rapidement la barrera, plus encore à la franchir. Grâce à son courage, il enlevait néanmoins les cocardes ; comme banderillero c'était un homme fini, la première des qualités étant de présenter une superficie aussi faible que possible aux cornes du taureau. C'est en posant des banderillas que le malheureux a trouvé la mort.

Son mariage devait être célébré le lendemain; en vain sa fiancée agitée par un sombre pressentiment l'avait-elle suppliée de ne point descendre dans l'arène ; il jura que c'était la dernière fois et voulut en offrant les cocardes à son estimada lui donner en présence de la foule une preuve éclatante d'affection. Encore une fois les pressentiments se réalisèrent, le torero fut tué presque au début de la course.

A cette nouvelle les journaux de Paris et du Nord ont poussé des cris de paon. Qu'on défende les courses de taureaux et toute la rengaine connue. Ah bien oui, si l'on veut prohiber ce genre de spectacle que l'on prenne une mesure semblable pour les courses de chevaux, les régates et l'entrée des dompteurs dans les cages de bêtes fauves.

Parce qu'il est de bon goût, parce que la haute futaie affectionne les courses de chevaux, on ne prête qu'une légère attention aux nombreux jockeys qui chaque année s'estropient, se tuent au saut des obstacles et des rivières. C'est très chic, très v'lan, cela suffit.

Quoi de plus barbare et de plus digne des Romains de la décadence que le spectacle d'un homme qui chaque soir s'expose à être dévoré par une bête féroce ? Il est là sans défense, sans moyen de fuite en présence d'un public sans enthousiasme et glacé d'horreur. - Aux courses de taureaux, l'homme peut fuir et peut-être dégagé par ceux qui composent la cuadrilla, des milliers de personnes assistent aux triomphe du torero, le danger est en quelque sorte atténué par la beauté, la grandeur du spectacle.
On peut reprocher aux courses espagnoles le massacre des chevaux, mais telles qu'elles se pratiquent en Roussillon les courses n'offrent rien qui puissent justifier les réclamations d'une minime partie de la presse. Et d'ailleurs si l'on peut prouver que la mort d'un torero est chose excessivement rare, en est-il ainsi des dompteurs ?

Ces derniers finissent toujours par être dévorés et l'on connait bien des toreros en renom qui jouissent maintenant de la fortune acquise pendant leur jeunesse. La proportion est de cinq à un, nous n'inventons rien.
Si l'on veut donc défendre les courses de taureaux, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures, que l'on fasse table rase du coup.

Un aficionado

Note 1 : Le journaliste d'Al Galliner se plaint dans son article des réactions  de la presse nationale suite à cet accident, bien que j'avoue avoir cherché et n'avoir rien trouvé dans les divers journaux à grand tirage de cette époque (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a rien).

Note 2 : Il s'agit bien ici de courses de taureaux, puisque qu'à Céret la première corrida à l'espagnole avec mise à mort n'aura lieu qu'en 1894, soit dix ans plus tard.

Sources :
* Le Roussillon du 1er mars [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
* Le Canigou du 27 février / 1er mars 1884 [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
* Al Galliner du 9 mars 1884 [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
Photo : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]


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samedi 27 mai 2017

Corbère le 10 juin 1815

Je poursuis avec la commune de Corbère mes retranscriptions concernant les archives de la période des Cent-Jours en 1815 dans le département des Pyrénées-Orientales. Nous allons voir qu'à l'instar de la plupart des communes déjà traitées, le maire de Corbère a dû, lui aussi, laisser sa place à un sujet sans doute plus fidèle à l'Empereur en ce 10 juin 1815.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La nouvelle mairie de Corbère


Note : il me manque la fin du document, donc je n'ai pas pu constater si les maires ancien et nouveau savaient signer, les cas d'illettrisme  étant encore fréquents à cette époque, même parmi les élus.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Nous soussignés Membres du Conseil Municipal
de la Commune de Corbere...


Commune de Corbère

L'an Mille huit cens quinze et le dix du Mois de juin
Nous soussignés Membres du Conseil Municipal
de la Commune de Corbere assembles à la Maison
Commune d'après l'invitation de Monsieur Llech
Sébastien Maire pour nous assembler, [ci étant]
Mr le Maire nous a communiqué qu'il est
remplacé par Joseph Pons Tixador nommé Maire
par l'assemblee primaire, M Boniface Roig adjoint
nommé aussi par l'assemblée primaire
qui a eu lieu le vingt cinq mai dernier, [y ont]
obtenu plus que la moitié des votes, et que
d'après l'arrete de M le prefet en datte du
trois juin les dits Pons Tixador et Boniface Roig
doivent etre installes, et par consequent preter
le serment prescrit par l'article 56 du Senatus
Consulte du 28 floreal an douze, et tout de suite
ont aussi comparu les sudits Pons Tixador Joseph
et Roig Boniface qui ont preté le serment
qui suit je jure obeissance aux constitutions
de l'Empire et fidelité à l'Empereur...


Le secrétaire ayant enregistré les événements est inconnu, mais il écrit correctement et sans fautes (par rapport à l'orthographe de l'époque). Seuls les accents sont absents la plupart du temps, mais c'est souvent le cas dans les manuscrits de ce temps-là.

Le maire sortant, Sébastien Llech, était en place depuis 1808, donc durant toute la deuxième moitié du Ier Empire et également sous le début du règne de Louis XVIII. Peut-être a-t-il été trop favorable à la Restauration, ce qui expliquerait alors son évincement au profit de Joseph Pons Tixador. Ce dernier est lui-même révoqué dès le retour de Louis XVIII après la fin des Cent-Jours quelques semaines plus tard et remplacé par un certain Pierre Roig.

Notons que la famille Llech est à l'origine de plusieurs maires de Corbère jusqu'à la fin du 19e siècle, dont Sébastien est le premier représentant. On trouve 2 Sébastien, 2 Valentin et 1 Joseph.

Source : ADPO, 2M37
Liste des maires : MairesGenWeb
Photos : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]



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samedi 6 mai 2017

De Saint-Paul-de-Fenouillet à Perpignan en 1821

Envoyés par l'Etat français pour parcourir les Pyrénées d'ouest en est en 1821, Joseph Antoine Cervini et Antoine Ignace Melling ont partagé leurs impressions dans un ouvrage paru en 1830 (Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises...), dont je poursuis ici la retranscription.

Nous avons pu voir dans les articles précédents les premières étapes de leur voyage dans le département des Pyrénées-Orientales.


Il est temps désormais pour nos deux compères de se diriger vers Perpignan. Partant de Saint-Paul-de-Fenouillet, ils passent notamment par Estagel, où c'est jour de fête, puis par Peyrestortes et Cases-de-Pène ("Cazasses"), qui leur donne l'occasion d'apercevoir l'ermitage Notre-Dame-de-Pène. Les descriptions sont brèves car ils craignent de ne pas arriver à Perpignan avant la fermeture des portes de la ville, en passant par Le Vernet (alors un village à l'extérieur des fortifications).

Carte de 1830 présentant le trajet de Melling et Cervini en 1821

Trois heures suffisent à peine pour arriver de Saint-Paul à Estagel par une assez bonne route qui longe la rivière de Maury dont les eaux vont grossir l'Agly. Des vignes, des oliviers, voilà les seules productions végétales que l'on aperçoit à droite et à gauche du chemin, dominé des deux côtés par des rochers et des montagnes peu élevées. Arrivés à Estagel, petite ville de 1600 habitants, nous fûmes très-étonnés de trouver une affluence considérable et beaucoup de mouvement sur la place de la principale église. Mais notre surprise cessa en apprenant que la multitude qui s'y était assemblée célébrait par la danse catalane la fête patronale de l'endroit. Cette danse, qui ne ressemble en rien à ce que nous avions vu jusques-là, nous parut des plus piquantes, mais pressés par l'heure avancée de la journée, et ayant appris que les portes de la ville de Perpignan se fermaient à huit heures et demie, nous nous remimes en marche avec quelques regret de quitter cette scène animée, pittoresque et où régnait la plus franche et la plus vive gaité.

Jusques-là nous avions été assez satisfaits de la route, mais d'Estagel à Peyrestortes le trajet fut des plus désagréables. Le chemin est peu large, dégradé et fort difficile ; tracé dans le terrain de transport et d'alluvion, au milieu des attérissements résultant des débris de roches entrainés par les eaux, il passe sur un sol graveleux et pierreux ; la chaussée est recouverte de cailloux roulés, déposés par les rivières et les torrents débordés à la suite des orages et des fortes pluies de l'hiver.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Carte postale de l'ermitage Notre-Dame-de-Pène vers 1910


En passant devant Cazasses, que l'on aperçoit au-dessus de la rive gauche de l'Agly, nous vimes sur le haut du roc Redan, que nous avions à notre droite, l'Ermitage de N.-D. des Pennes que l'on venait de restaurer. Le sentier par lequel on parvient à cet ermitage est taillé dans le roc et serpente au pied de plusieurs niches en maçonnerie assez délabrées qui paraissent être des stations d'un Calvaire. Nous étions tellement épuisés par la chaleur que nous n'eûmes pas le courage d'y monter ; d'ailleurs il se faisait tard et il nous restait à peine le temps d'arriver à Perpignan avant la fermeture des portes. Nous poursuivimes donc notre voyage de Peyrestortes au Vernet, où la route départementale que nous avions suivie, débouche sur la grande route de Narbonne à Perpignan. Du joli petit village de Vernet au chef-lieu de département que nous venons de nommer, nous hâtames notre marche, de manière que nous nous trouvâmes à la porte Notre-Dame et nous la franchimes précisément à l'instant où le tambour de la retraite annonçait qu'elle allait se fermer. Nous allâmes loger à l'hôtel du Petit Paris.

Source texte et carte : Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises et les départements adjacents (1830) [domaine public] via Rosalis (Bib. num de Toulouse) 
Crédit carte postale : Brun frères (vers 1910) [domaine public]


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