mercredi 27 août 2014

Rixes en Ribéral en 1892

Beaucoup d'appelés et peu d'élus
La politique semble avoir été un sujet sensible lors des élections à Saint-Féliu-d'Amont et à Saint-Féliu-d'Avall, ainsi qu'en témoigne une dépêche publiée dans le quotidien Gil Blas (Paris) du 26 août 1892.

Perpignan, 24 août .- Un orage très violent s'est abattu aujourd'hui sur le département. La pluie tombe à torrent. A Rivesaltes, la foudre a détérioré une maison.

- Des rixes sanglantes ont lieu presque journellement dans diverses communes du canton de Millas. A Saint-Féliu-d'Avail, un homme a été assommé ; à Saint-Féliu-d'Amont, la femme du maire a été violemment frappée.
Des coups ont été échangés entre divers groupes de jeunes gens.
Ces rixes sont provoquées par des haines politiques résultat de la dernière campagne électorale, qui a été très violente.

Source : Gallica (cf. lien)
Illustration : Caricature anonyme, Gosselin Éditeur (Paris), 1848 [domaine public, via Gallica]


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dimanche 24 août 2014

Premières cerises de Céret et d'ailleurs

Depuis quand les cerises de Céret
sont-elles les premières de France ?

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Marchande de bouquets de cerises à Paris en 1815
Céret est de nos jours réputée pour ses premières cerises, envoyées au Président de la République depuis au moins 1932, ainsi que nous avons pu le voir précédemment. Mais il n'en a pas toujours été de la sorte et j'ai voulu essayer de savoir un peu plus précisément quand a commencé la renommée de la cerise cérétane.

Bien que le merisier ou cerisier sauvage ait toujours été présent en Europe, il faut attendre les Romains pour que ceux-ci ramènent la cerise que nous connaissons d'Asie mineure et qu'elle se développe en Europe à partir du haut Moyen Âge. Difficile donc de dire de quand date l'apparition de la cerise à Céret. Peut-être la cerise y est-elle cultivée depuis très longtemps, toutefois la production semble être restée limitée à la consommation locale jusqu'au début du vingtième siècle. En 1898, le Bulletin trimestriel du Syndicat d'initiative du Roussillon nous rappelle que la production de Céret est réputée, mais pas pour ses cerises :

Les flancs des montagnes qui avoisinent Céret sont couverts de noisetiers qui produisent des fruits universellement renommés.

Sortons donc un moment du cadre strictement départemental et essayons de savoir d'où venaient les cerises que l'on consommaient jadis à la capitale et comment elles étaient transportées. Voyons les compte-rendus de la presse à travers le temps.

Le Magasin pittoresque, 1854

A mesure que se complète le réseau de chemins de fer aboutissant à la capitale, les départements du centre et du midi se mettent en mesure de profiter des avantages résultant de ces voies de communication. De vastes vergers récemment plantés livreront dans un avenir prochain des quantités importantes de toutes sortes de fruits à la consommation parisienne. Parmi ces fruits, les cerises, guignes, bigarreaux, ne pourront arriver en bon état à leur destination que dans des paniers soigneusement bagués.
Les cerises des départements du Midi se vendent à Paris à des prix fabuleux, à l'époque où le rayon de Paris n'en a pas encore à envoyer au marché ; on en jugera par le calcul suivant. Un kilogramme de cerises est vendu, rendu à Paris, 2 francs, dans la seconde quinzaine de mai. Des revendeurs achètent ces premières cerises pour en garnir des bâtons ornés de feuilles de muguet pliées ; chaque bâton porte six cerises, du poids moyen de 3 grammes et un tiers. On peut donc faire, avec un kilogramme de cerises, cinquante bâtons vendus 10 centimes la pièce. Ainsi, d'un kilogramme de cerises, la revendeuse retire, par la vente des bâtons de cerises, 5 francs dont il faut déduire le prix très-minime des bâtons et des feuilles de muguet.

La Semaine des familles (Paris), 6 juillet 1861

Grâce aux chemins de fer, le rayon d'approvisionnement de Paris s'est singulièrement augmenté, et cependant, par un phénomène que je n'ai vu expliqué nulle part, il n'y a pas une réduction sensible dans les objets de consommation. Les premières cerises nous sont arrivées des départements du Midi, ; les vergers de Paris ont commencé depuis la mi-juin à envoyer leur contingent à la halle. Le Midi, surtout les départements de l'Allier et du Puy-de-Dôme, dont les cerises sont finies, commence en ce moment l'envoi de ses abricots qu'il cueille un peu avant maturité. On les emballe avec soin dans des boîtes plates où ils achèvent de murir avant d'être livrés à la consommation.

La Semaine des familles (Paris), 1er juin 1878

(...) les premières cerises ont fait leur apparition sur les marchés (....)
(...) aller explorer les riantes régions où le joli fruit [la cerise] mûrit sur les côteaux de Montmorency.

L'Agriculture nouvelle, mars 1897

Les toutes premières cerises s'expédient par [24] ou 30 environ dans les caissettes déjà employées pour les premières fraises ; elles sont appuyées chacune sur une feuille de hêtre, en  dessus d'un lit de mousse humide.

Le Populaire (Paris), 19 mars 1922

Le temps des cerises

Une branche de douze cerises, provenant des forceries des environs de Paris, a été vendue à la criée du pavillon des fruits aux Halles, 130 francs, soit à raison de 12fr.50 la cerise.
L'an dernier, les premières cerises de même provenance avaient été payées 17fr50 la pièce.

On sait qu'il y a en 1920 dans la région de Céret déjà 20 000 cerisiers, ce qui n'est pas rien. Il est donc nécessaire que la filière s'organise et le premier marché de gros de Céret pour les fruits (cerises, abricots, etc.) a lieu en 1922. Mais toujours aucune mention dans la presse nationale. Il faut attendre 1926 pour que l'on parle de la précocité de la cerise de Céret.

L'Ouest-Éclair (Éd. de Caen), 13 avril 1926

Voici les cerises

Paris, 11 avril .- Déjà les premières cerises ont fait leur apparition aux Halles centrales ; la saison est précoce : l'an dernier le premier arrivage avait eu lieu le 9 mai. Hier on a vendu au cours de 8 à 15 francs la caissette de cerises de Céret de 600 à 900 grammes, soit 16 francs 70 environ le kilo. Pour des primeurs, le prix n'est pas exagéré. Oui, mais le pain augmente toujours.

En 1932, coup d'éclat de l'envoi par avion des premières cerises de Céret au Président de la République.
Par la suite, la production de la cerise se développe, atteignant déjà 1500 tonnes en 1937 rien que pour la région de Céret (on ira jusqu'à 5000 tonnes dans les années 70) et, douze ans plus tard, la réputation de la cerise de Céret semble bien établie.

La Voix du combattant du 7 mai 1938

Les premières cerises ont fait ces jours derniers leur apparition dans la région privilégiée de Céret, où elles murissent traditionnellement avec les fêtes de Pâques, de même que les fraises ornent maintenant de leur rouge vermeil les devantures des fruitiers.

Sources :
* Articles : Gallica (cf. liens)
* Chiffres :  Peyrière, Basset et Clave, Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales, 1938
* Chiffre 1970 : Office de tourime de Céret

Illustration :
Les cris de Paris, par Carle Vernet, 1815 (domaine public, via Gallica) 


Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret.


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vendredi 22 août 2014

L'adjoint au maire se noie à Casefabre en 1928

Casefabre est une petite commune des Aspres, située au sud d'Ille-sur-Têt. Le recensement de 1926 indique 78 habitants, pour 39 en 2011.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Casefabre vers 1885

Isolé sur un promontoire à 613 mètres d'altitude, le village de Casefabre est traversé par nombre de petites rivières sur ses versants ouest et est. Celles-ci aboutissent sur le versant ouest dans la rivière du Boulès, affluent de la Têt, située plus au nord. Comme dans toute rivière on aime s'y baigner mais, cette fois-ci, le Boulès est le théâtre d'un drame, ainsi que nous l'apprend Le Gaulois du 6 août 1928.

Perpignan, 5 août.- Cyprien Liense, 40 ans, adjoint au maire de Casefabre, se baignant dans la rivière Boules, fut pris de congestion et coula. Après de longues recherches, le corps fut retrouvé au fond d'un gouffre.

Note : Je pense que le nom de l'adjoint est Llense, plutôt que Liense, et que le journaliste a fait une faute, ne connaissant peut-être pas ce nom. En tout cas, le nom Llense est toujours présent dans la région, tandis que Liense n'existe pas.

Note de 2016 : En avril 2016, c'est le maire de Casefabre lui-même, Daniel Moragas, qui meurt dans un accident de tracteur.

Source : Le Gaulois du 6 août 1928 [domaine public], via Gallica (cf. lien)
Photographie : Jean-Auguste Brutails (1859-1926) [domaine public], via le site de l'Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 BU Lettres.


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jeudi 21 août 2014

Un gendarme perd un œil à Cerbère en 1905

La famille de l'agresseur est-elle responsable des dommages causés aux victimes ?

Que vaut l'œil d'un gendarme ? Ayant été blessé lors d'une violente interpellation à Cerbère, un gendarme se retourne contre la famille de l'agresseur et obtient satisfaction. Cela semble être une première en France, d'après ce que nous en dit Le Radical (Paris) du  21 mai 1907. Les faits se sont produits en décembre 1905, le verdict concernant la plainte du gendarme tombe presque un an et demi plus tard.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Gendarmes procédant à une arrestation (1er mai 1911)

L'œil d'un gendarme

Le tribunal civil de Perpignan vient de rendre un jugement appelé à avoir un certain retentissement, qui consacre le droit qu'ont les agents de la force publique blessés en service commandé de se porter partie civile contre les auteurs des sévices dont ils ont souffert, ou contre les héritiers de ces auteurs.
Un sieur Rous, de Cerbère, pris d'un accès de folie furieuse, se barricadait le 13 décembre 1905 dans sa maison. Une femme fut tuée par le forcené d'un coup de fusil ; une autre fut blessée. Enfin les gendarmes de la brigade de Thuir mirent le fou hors d'état de nuire, mais la chose ne se fit pas sans danger : un gendarme fut atteint à l'œil par un nouveau coup de feu tiré par Rous. Le gendarme dut être mis à la retraite comme impropre au service actif et le ministère de la guerre liquida à la somme de 850 francs pour perte de l'usage d'un œil en service commandé sa pension de retraite. Mais le gendarme retraité estima que la famille Rous était civilement responsable du préjudice que lui causait et la perte d'un œil et sa mise à la retraite anticipée. Il lui a donc demandé une indemnité. Sa demande soutenue par Me Verges a été favorablement accueillie par le tribunal, qui a condamné la famille Rous à 5,000 francs de dommages-intérêts envers le gendarme.

Source : Le Radical (Paris) du 21 mai 1907 [domaine public], via Gallica (cf. lien)
Photo : Gendarmes procédant à une arrestation aux Tuileries (Paris) lors des manifestations du 1er mai 1911. Auteur : Agence Rol [domaine public], via Gallica.



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mardi 19 août 2014

Drame familial à Maureillas en 1860

Maureillas et ses environs
C'est un drame familial ayant eu lieu à Maureillas, à l'est de Céret, qui nous est relaté dans La Presse (Paris) du 24 janvier 1860. L'origine en est une banale histoire d'enfant déshérité au profit de son ainé.

Une scène des plus tragiques vient de se produire dans une petite commune de l'arrondissement de Céret (Pyrénées-Orientales), où elle a eu pour cause l'irritation folle qu'a fait naître dans l'esprit d'un puîné la préférence trop exclusive d'un père pour l'aîné de ses enfants.
Dans une métairie dépendante de la commune de Maureillas vivait, depuis de longues années, une famille de cultivateurs honnêtes et considérés. Le père, vieillard de près de quatre-vingts ans, a eu neuf enfants, tous aujourd'hui majeurs.
Il avait eu d'abord la pensée de faire entre eux le partage anticipé de ses biens ; dans ce but, il avait chargé des experts de composer les lots ; mais bien que dans ce partage le fils aîné eut la plus grande part, c'est-à-dire le quart de tout le bien et sa portion virile, le vieillard trouva encore cette part trop réduite et songea à prendre un autre parti.
Il se rendit un de ces matins à Céret, chez un notaire, et y consentit à son fils un bail à ferme de tout son bien, bail à longue durée et pour un prix de rente inférieur évidemment à celui qu'il aurait exigé d'un étranger.
Le même jour, les autres enfants apprenaient de la bouche même de leur frère ce qui venait d'avoir lieu, et défense leur était faite en même temps de ne plus rien toucher à ce qui dépendait de la métairie.
Parmi les enfants, il s'en trouvait un qui venait tout récemment d'être libéré du service. Il n'eut pas plus tôt connaissance de l'acte consenti à son détriment, qu'il partit pour Céret afin de s'assurer de l'existence de ce bail.
Quelques heures après, il rentrait à la métairie, chargeait à balle les deux canons d'un fusil et un pistolet, et, ainsi armé, il allait au-devant de son frère, qu'il savait occupé en ce moment à labourer un champ.
Bien qu'habile tireur, le premier coup ne porta point ; mais du second, il renversa son frère sans vie : la balle traversa la poitrine.
Certain de l'avoir mortellement frappé, il rechargea son fusil, se retira dans un ravin qui était près de là, et se donna lui-même la mort.
Ce malheureux événement a causé une profonde émotion dans un pays où les pères sont malheureusement portés à faire des avantages excessifs à quelques-uns de leurs enfants, au préjudice des autres et au mépris de la loi.

Source : La Presse du 24 janvier 1860 [domaine public] (cf. lien via Gallica)
Photo : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]


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samedi 16 août 2014

Elus invalidés au Perthus en 1850

Les élections municipales de 1848 sont le premier scrutin de la nouvelle commune du Perthus qui, pourtant, n'existe pas encore officiellement. En effet, après une première tentative en 1837, lors de laquelle la commune du Perthus n'existe que de février à novembre avant d'être dissoute, celle-ci est créée de nouveau par un arrêté préfectoral en 1851 à partir de morceaux de territoires séparés des communes de L'Albère et de L'Écluse (orthographe de l'époque, aujourd'hui Les Cluses). Cependant, le territoire de la future commune était fixé dès 1848 et malgré sa non-existence administrative, une élection est donc organisée. L'affaire retranscrite ci-dessous montre que cela ne s'est pas fait sans mal dès le début, puisque l'élection est contestée et que l'affaire remonte jusqu'au Conseil d'État en 1850.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Perthus

Deux griefs sont recensés dans la contestation de cette élection.

Premier grief
Des personnes étrangères auraient été abusivement inscrites sur les listes électorales : soit des personnes en garnison au fort de Bellegarde, situé sur la commune, soit des personnes habitant en Espagne. 
Concernant le fort, on y trouvait encore suivant les moments 200 à 300 soldats en garnison. On note d'ailleurs qu'on nous indique dans le document retranscrit 531 habitants dans la commune en 1850. Pourtant, le recensement de 1851 indique 841 personnes. Mais, en fait, le recensement de 1841 de L''Écluse, dont dépend le Perthus à l'époque, précise qu'il comprend 340 personnes en garnison. Celui de 1866 pour Le Perthus indique de la même manière qu'il comprend 233 militaires parmi les 829 habitants officiels, ce qui laisse 596 habitants véritables.
Concernant les personnes vivant en Espagne, il s'agit peut-être de personnes vivant au Perthus même, mais du côté Espagnol puisque cette commune se situe à cheval sur la frontière.
Ce premier grief est rejeté (voir les détails dans la retranscription).

Deuxième grief
Suivant un article de la loi électorale de 1831 spécifiant qu'une parenté trop proche entre conseillers municipaux du même bord est prohibée, il s'avère que le nouveau conseil municipal du Perthus contient deux paires de beaux-frères et de surcroît alliés au sein dudit conseil. Une plainte est donc déposée et validée par le Conseil d''État dans la retranscription figurant ci-dessous. Les deux beau-frères ayant eu le moins de voix voient donc leur élection annulée (voir les détails dans la retranscription).

Recueil des arrêts du Conseil d'État, 1850 (série 2 tome 20)


ÉLECTIONS MUNICIPALES. -  VOTES INDUMENT ADMIS. - INCOMPATIBILITÉ. -
BEAUX-FRÈRES.- PRÉFÉRENCE


Grief tiré de ce que plusieurs individus auraient été à tort inscrits sur les listes électorales et indument admis à voter. Rejet, leur inscription, en supposant qu'elle eût été indûment faite, n'ayant eu aucune influence sur le résultat des élections.
Lorsque deux parents ou alliés au degré prohibé par l'art. 20 de la loi du 21 mars 1831 ont été élus, au même tour de scrutin, membres du même conseil municipal, la préférence entre eux doit-elle être déterminée par le plus grand nombre des suffrages obtenus ? - Rés. aff.
En conséquence, y a-t-il lieu d'annuler l'élection de celui qui en a obtenu le moins ? - Rés. aff.
(21,425. - 5 janvier 1850. - Elections du Perthus)

Les élections municipales de la commune du Perthus (Pyrénées-Orientales), dont la population est de 531 habitants, étaient attaquées, notamment par le motif qu'il y avait incompatibilité, pour cause d'alliance, entre plusieurs des conseillers municipaux élus : on alléguait que les sieurs Pierre Pora et Michel Angry, d'une part, et les sieurs Sylvestre Taulère et Michel Durand, d'autre part, étaient alliés à titre de beaux-frères.
Ce grief avait été rejeté par le conseil de préfecture, qui avait considéré comme établi qu'il n'y avait incompatibilité, pour cause de parenté, à l'égard d'aucun membre du conseil municipal.
Mais, sur le pourvoi formé contre cette décision, il a été reconnu que le fait de l'alliance des quatre conseillers dont s'agit était constant. Dans ces circonstances, le Conseil a annulé l'élection des sieurs Angry et Durand, attendu que, élus au même tour de scrutin, ils avaient obtenu moins de suffrages que leurs beaux-frères.

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS, - Le Conseil d'Etat, Section du contentieux, - Vu la requête présentée par les sieurs Pezet, Taulère et Erra, électeurs, demeurant au Perthus (Pyrénées-Orientales), ladite requête tendant à l'annulation d'un arrêté du conseil de préfecture des Pyrénées-Orientales, en date du 8 septembre 1848, lequel a maintenu les élections municipales de ladite commune du Perthus ;
Vu la loi du 21 mars 1831 (art. 20) ; Vu le décret du 3 juillet 1848 ;
Sur le grief tiré de ce que le conseil municipal aurait inscrit sur la liste deux vétérans de la garnison de Bellegarde et un sieur Bardes, non domiciliés dans la commune à l'époque des élections, ainsi que le sieur Cyriaque et les deux frères Taulère, devenus étrangers par la suite de leur établissement en Espagne, lesquels auraient tous indûment voté : - Considérant que leur inscription, en supposant qu'elle ait été indûment faite, n'a eu aucune influence sur le résultat des élections ;
Sur le grief tiré de ce que deux des conseillers élus seraient alliés à un degré prohibé par l'art. 20 de la loi du 21 mars 1831, ci-dessus visée :- Considérant que ce fait est constant ; que, dès lors, il y a lieu d'annuler l'élection des sieurs Durand Michel et Angry ;
Art. 1er. L'arrêté  du conseil de préfecture des Pyrénées-Orientales, du 8 septembre 1848, est annulé dans celle de ses dispositions qui a validé l'élection des sieurs Durand Michel et Angry. - Art. 2. Le surplus de la requête des sieurs Pezet, Taulère et consorts est rejeté.

M. François, maître des requêtes, rapp. - M. Vitry, comiss. du gouv.

Tous les articles de ce blog sur le thème des élections sont à relire ici.

Sources :
Article : Gallica (cf. lien)
Démographie :
Jean-Pierre Pélissier, Paroisses et communes de France : dictionnaire d'histoire administrative et démographique, vol.66 : Pyrénées-Orientales, Paris, CNRS,‎ 1986, ISBN 2-222-03821-9
Photo : Bertrand Grondin (licence CC-BY-SA, via Wikimedia Commons)


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mercredi 13 août 2014

Un gagnant à la loterie à Cabestany en 1934

...ou comment perdre un million de francs

On peut lire dans la rubrique La Loterie nationale de L'Ouest-Éclair (Éd. de Nantes) du 22 mars 1934 le compte-rendu suivant.

Un instituteur du Midi gagne un million

Perpignan, 21 mars. - Un lot d'un million de francs, échu au numéro 5330 de la série L de la huitième tranche de la Loterie nationale, a été gagné par M. Agnan, instituteur à Cabestany, qui avait acquis le billet à un débitant de tabacs de Perpignan avec trois de ses collègues.

Jusque là tout va bien.

Mais on trouve un peu plus bas sur la même page un autre article concernant la loterie à Perpignan.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Roue de la loterie de tirages d'un million

Un gagnant de la dernière heure

Perpignan, 21 mars .- M. Casse, gérant du bureau de tabac du vélodrome, à Perpignan, avait gardé pour lui un billet de la 8e tranche de la Loterie Nationale, le n°5330, série L, qui a gagné, hier soir, un million. Cependant, au dernier moment, M. Gasse céda son billet à un client de passage qui le suppliait de le lui vendre pour faire plaisir à sa femme malade.
Le gérant accéda à ce désir et aujourd'hui... il perd son million... L'acheteur ne s'est pas encore fait connaître.

Il semble évident en lisant ces deux dépêches qu'il s'agit du même billet de loterie dans les deux cas. On peut également penser que la deuxième dépêche est arrivée la première et que personne n'a fait le lien au moment d'insérer la première sur la même page. 
Il semble également y avoir une contradiction entre la version du buraliste et celle de l'instituteur de Cabestany. Que le buraliste se soit trouvé une excuse ou que l'instituteur ait embrouillé ce denier, on peut dire que celui-ci n'aurait pas dû vendre son billet et que celui-là a bien fait d'insister !

Note : le nom du buraliste est écrit tantôt Casse ou Gasse dans l'article.

Source : L'Ouest-Éclair (Éd. de Nantes) du 22 mars 1934 [domaine public], via Gallica (cf. lien)
Photo : Agence Rol, 22 décembre 1919 [domaine public], via Gallica



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lundi 11 août 2014

Pierre Dac en prison à Perpignan en 1942.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
On connait Pierre Dac (1893-1975) pour ses sketches et l'invention du Schmilblick. On sait moins que durant la deuxième guerre mondiale, il tente plusieurs fois de rejoindre les Français de Londres en passant par l'Espagne. Il est arrêté deux fois et finira par y parvenir pour devenir animateur sur Radio Londres à partir de 1943.

En mars 1942, Pierre Dac en est à sa deuxième tentative infructueuse, étant arrêté à Barcelone et transféré en France.


On trouve quelques détails de cette affaire dans La Feuille d'avis de Neuchâtel (Suisse) du 9 mars 1942.

Le chansonnier Pierre Dac incarcéré à Perpignan

Perpignan, 7 (Havas-Ofi). -
Pierre Dac, le chansonnier montmartrois, directeur de l'hebdomadaire l'os à Moelle, qui avait franchi clandestinement la frontière espagnole il y a quelques mois, avait été arrêté à Barcelone. Les autorités espagnoles viennent de le refouler en France. Il y a été incarcéré à la prison de Perpignan.

On trouve une petite précision supplémentaire dans La Croix du même jour :

Il a été incarcéré vendredi à la prison de Perpignan.

Son transfert à la prison de Perpignan date donc du  6 mars 1942.

D'après un site qui lui est consacré, Pierre Dac aurait été remis aux autorités françaises au poste frontière de Céret (où ?), puis transféré à Perpignan où il écope d'un mois de prison et de 1200 francs d'amende (jugement extrêmement clément).

Sources : Bibliothèque nationale suisse (cf. lien La Feuille d'avis de Neuchâtel) et Gallica (cf. lien La Croix).


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dimanche 10 août 2014

Des cambrioleurs assiégés à Saleilles en 1930

Les cambrioleurs à Saleilles sont du genre téméraire, si l'on en croit l'article paru dans L'Ouest-Éclair (édition de Caen) du 16 juillet 1930. Notons qu'en 1930, Saleilles est une commune fraîchement créée, puisqu'elle a été détachée de Cabestany en 1923 seulement.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Une maison avenue de Perpignan à Saleilles

Des malfaiteurs assiégés tiennent tête à la foule

Perpignan, 16 juillet. - A Saleilles, près de Perpignan, des malfaiteurs, surpris au moment où ils cambriolaient le domicile du docteur Bargy, ont été sommés de se rendre, mais ils ont riposté par des coups de revolver. La population s'est alors massée autour de l'immeuble et a échangé des coups de feu avec les malfaiteurs. Toute la nuit, la fusillade a crépité.
La brigade de gendarmerie a tenté vainement d'assiéger les bandits, qui ont résisté.

Comment s'est terminé cet incident ? Les éditions des jours suivants ne nous le disent pas. On peut supposer que les cambrioleurs sont arrivés à court de munitions et qu'étant encerclés, ils ont été forcés de se rendre, mais nous n'en savons rien.

Ajout du 6 avril 2017

Ayant souhaité connaître le fin mot de cette histoire et ayant de surcroît accès à plus de sources qu'il y a trois ans, j'ai fini par retrouver un article paru trois jours après la fusillade, dans le journal hebdomadaire Le Roussillon du 19 juillet 1930.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les journaux de la presse nationale ont un peu extrapolé ! La bande de malfaiteurs se révèle être un tireur isolé et la fusillade qui aurait duré toute la nuit ne semble en fait avoir duré que quelques heures (ce qui n'en est pas moins impressionnant). Beaucoup de bruit pour peu de choses, mais au final, tout de même, un jeune mal parti dans la vie et que l'on accuse alors d'avoir été mal influencé par certains films au cinéma (de nos jours on aurait accusé les jeux vidéo).

Exploits d'un précoce bandit

Le docteur Bargy possède près du village de Saleilles, une maison de campagne. Lundi soir, des passants surpris d'apercevoir de la lumière dans une maison actuellement inoccupée, prévinrent le régisseur qui voulut se rendre compte de ce qu'il se passait.
« N'entrez pas ou je tire » cria-t-on de l'intérieur. Les habitants du village accourus furent reçus à coups de revolver et la gendarmerie de Perpignan fut accueillie de la même façon. Le commandant tenta de faire défoncer la porte. Comme réponse, nouveaux coups de feu.
Pendant ce temps, une rapide enquête permettait de soupçonner un nommé Léon Goujon, âgé de 16 ans, mauvais sujet qui travaillait depuis quelque temps dans le village. On envoya chercher le père qui habite à Perpignan. Celui ci accourut et parvint à décider son fils à se rendre. Alors parut sur le seuil de la maison, les mains dans les poches, un gamin d'une quinzaine d'années, qui s'est laissé appréhender avec un cynisme déconcertant.
L'immeuble fut fouillé par les gendarmes. Il fallait bien se rendre compte, malgré l'invraisemblable de la chose, que Goujon avait opéré seul. A ce moment-là, M. Couronnat, procureur de la République ; Puig-Ametller, substitut ; Villarem, juge d'instruction, et Ausseil, commis-greffier, arrivaient.
Ils se rendirent compte de ce qui s'était passé et constatèrent - par les douilles vides - que Goujon avait tiré vingt-cinq coups de feu, grâce à un révolver d'ordonnance trouvé sur une panoplie.
Après un interrogatoire de flagrant délit, le jeune Goujon a été conduit à Perpignan et écroué à la maison d'arrêt.
On reste stupéfait devant l'audace déployée par un gamin de 15 ans, à qui les aventures des bandits de cinéma devaient avoir plus ou moins détraqué le cerveau.

Sources :
* L'Ouest-Éclair (édition de Caen) du 16 juillet 1930 [domaine public] via Gallica (cf. lien)
* Le Roussillon du 19 juillet 1930 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
Photo : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]



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samedi 9 août 2014

Déluge à Urbanya en 1907

Avec 10 habitants recensés en 2011, Urbanya est aujourd'hui la commune la moins peuplée du département des Pyrénées-Orientales. Mais en 1907, on y trouvait encore 275 habitants, et ceux-ci subirent des intempéries catastrophiques, ainsi que nous l'apprend la presse quotidienne de ce mois de septembre 1907. Le village est situé  à 880 mètres d'altitude dans une vallée reculée du Conflent et il n'existait pas encore à l'époque de vraie route le reliant aux villages voisins de Conat ou Nohèdes.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Urbanya

Le Rappel du 14 septembre 1907

Prades - Un cyclone s'est abattu sur la commune d'Urbanya et ses environs et a causé des pertes considérables.

On en sait un peu plus le lendemain.

La Presse (Paris)  du 15 septembre 1907.

LE MAUVAIS TEMPS

Perpignan, 14 septembre. - Les détails qui parviennent sur la trombe d'eau qui s'est abattue sur le territoire d'Urbanya (arrondissement de Prades), disent que des ponts ont été ensevelis ou emportés, des chemins et des routes rendus impraticables, des maisons ébranlées. En certains endroits, l'amoncellement de la grêle rend difficile la circulation.

Le journal Le Canigou du 21 septembre 1907 nous donne davantage de détails sur l'étendue des dégats.

Urbanya .- Les dégâts du cyclone.

Lundi matin, nous avons eu la visite de MM. Hugonnet, agent-voyer en chef ; Petit, conseiller général ; Baixès, agent-voyer d'arrondissement, et Jalabert, agent-voyer cantonal.
Ces messieurs sont repartis sur Prades, à midi, après s'être entretenus très longuement avec M. le maire d'Urbanya et avoir constaté l'étendue des dégâts occasionnés par les tristes effets du cyclone qui s'est abattu sur notre commune, dans l'après-midi du jeudi 12 courant, aux chemins vicinaux ordinaires de la commune, aux fontaines, lavoirs, ainsi que dans de multiples propriétés complètement dévastées par la rivière sortie de son lit.
Une équipe nombreuse d'ouvriers travaille à rétablir l'ancien lit de la rivière d'Urbanya et à le déblayer des énormes blocs de pierre qui l'obstruent.
Les dommages subis sont très importants.

- Secours ministériel .- M. le Ministre de l'Intérieur vient d'accorder un secours de 250 francs à la commune d'Urbanya, pour procéder aux travaux de déblaiement des fontaines ensablées à la suite de la trombe d'eau du jeudi 12 septembre dernier.


Note de 2016 : Le recensement de 2014 révèle une progression démographique étonnante à Urbanya, qui possède désormais officiellement non plus 10 mais 34 habitants !

Source articles [domaine public] : Gallica (cf. liens)
Source Le Canigou du 21 septembre 1907 [domaine public] : fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan.

Photo : Par Petrus6622 (Travail personnel) [Licence Art Libre, via Wikimedia Commons]


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mardi 5 août 2014

De Quillan à Caudiès-de-Fenouillèdes en 1821

Fossiles d'huîtres et chèvres bien élevées

En 1821, deux hommes sont envoyés par l'État français pour parcourir les Pyrénées d'ouest en est. Leur mission est de montrer, à travers un futur livre, que même si les Alpes c'est très beau, eh bien, malgré tout,  les Pyrénées restent méconnues et sont pourtant également dignes d'intérêt. Joseph Antoine Cervini se charge de rédiger les textes, Antoine-Ignace Melling d'illustrer le tout.  Le résultat est un livre passionnant paru en 1830 sous le titre suivant :
Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises et dans les départements adjacents ou Collection de 72 gravures représentant les sites, les monuments et les établissements les plus remarquables du Pays basque, de la Navarre, du Béarn, du Bigorre, des comtés de Comminges et de Foix et du Roussillon.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Antoine Ignace Melling vers 1830


Nous nous intéresserons ici exclusivement à la partie qui concerne les Pyrénées-Orientales. Avant de rentrer dans le vif du sujet avec les différents monuments rencontrés sur leur périple, j'ai pensé qu'il était intéressant de lire le récit de leur arrivée dans le département, à travers la même route de Quillan à Caudiès-de-Fenouillèdes que l'on a pu voir décrite dans les itinéraires pour vélo en 1889. Le texte est un peu long, mais on revit la vie des habitants de Caudiès-de-Fenouillèdes, à travers son aubergiste, M. Armagnac (ça ne s'invente pas), ses troupeaux de chèvres bien éduquées et ses fossiles suggestifs.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Nous entrâmes le lendemain dans le département des Pyrénées-Orientales par la grande route que nous avions vue s'embrancher, au Pont de Charles, avec celle de la vallée de l'Aude. Cette route presque toujours montante jusqu'au col Saint-Louis est belle, large et fort bien entretenue. Elle est tracée sur le flanc nord de la montagne de Fanges et domine l'étroit vallon où coule la Vallette, rivière qui prend sa source au Nord-Ouest de Saint-Louis. Le petit village de ce nom se montre sur la gauche à la lisière d'un bassin profond sur lequel on plonge, lorsqu'on est près de traverser le col où une borne-frontière indique la séparation des deux départements limitrophes. C'est dans la même direction que l'on voit aussi le Pic de Bugarach dont les pentes méridionales, dénuées de végétation, laissent reconnaitre au loin le calcaire blanc-jaunâtre qui en compose la masse entière.

Dès qu'on a franchi le Col Saint-Louis la route devient très mauvaise; creusée sur le roc, jamais réparée, n'ayant souvent que la largeur rigoureusement nécessaire pour une seule voiture, resserrée à gauche par des rochers, et parfois suspendue à droite sur un profond précipice, elle présente un passage difficile et même dangereux. Quelques précautions que l'on puisse prendre pour retenir la voiture, il est de la prudence de mettre pied à terre. Nous y avons vu les postillons des diligences,de Toulouse à Perpignan, malgré le soin qu'ils avaient pris d'attacher fortement les roues de derrière, descendre de leurs chevaux et les conduire à la main. L'aspect des plaines du Roussillon et des chaînons des montagnes qui les coupent du couchant au levant ; la vue de la Méditerranée que l'on aperçoit à l'Est au-delà de Perpignan ; l'observation des inflexions si remarquables des strates calcaires et schisteux au milieu desquels passe la route, principalement au moment de traverser la Boulsane, tels sont les sujets de distraction que nous offrons en dédommagement de la peine que l'on prendra de faire à pied cette descente qui s'effectue d'ailleurs en moins d'une heure de marche.

Arrivés à Caudiès nous descendîmes à l'Auberge de Saint-Jean-Baptiste, tenue par Armagnac. C'est là que s'arrêtent les diligences et les voitures particulières. Le propriétaire de l'auberge se plaît à faire remarquer cette circonstance, pour prouver la supériorité de sa maison sur les autres hôtelleries de la ville. Il fait surtout valoir la préférence que lui accorde M. le baron de La Rochefoucault pendant sa tournée dans les sapinières des environs. Excellent homme et très-serviable, l'aubergiste Armagnac se donna beaucoup de mouvement pour nous procurer tous les agréments que présentaient la ville et les alentours, et ajouta à ses prévenances le don d'un certain nombre de coquilles fossiles, recueillies dans les montagnes et les vallées voisines; parmi ces coquilles était une hystérolithe d'une grande dimension et d'une conservation parfaite; nous n'en avions pas encore trouvé de la même espèce dans les autres cantons des Pyrénées (1).

(1) Cette espèce de coquilles n'est pas rare dans le département des Pyrénées-Orientales. Nous en avons recueilli une grande quantité, peu de jours après, dans le territoire du village de Coustouges, canton de Prats-de-Mollo.

Pendant qu'à notre insu M. Armagnac mettait à contribution tous les habitants de Caudiès pour nous faire cette galanterie, et que nous étions devant la porte de sa maison à respirer l'air frais du soir, nous vîmes arriver un grand nombre de chèvres qu'un seul gardien conduisait. Le long de la rue qui aboutit à la place où l'auberge est située et à l'entrée des rues latérales, ces chèvres se séparaient successivement du troupeau et se dirigeaient seules vers les habitations de leurs maîtres. Au son perçant d'un cornet à bouquin nous les revîmes encore le lendemain à l'aube du jour, et au moment de notre départ, se rassembler toutes sur la même place et partir en troupeau pour les pâturages des montagnes. C'est avec le lait de ces chèvres que l'on fait dans les Bastides et les métairies de la vallée de la Boulsane des fromages frais, dont le goût exquis nous rappela les meilleures recuites d'Italie. Cette particularité peu importante en elle-même ajouta néanmoins à l'impression générale qu'excitèrent en nous la vue des maisons de Caudiès, bâties en maçonnerie et recouvertes en tuiles, la physionomie de ses habitants, leur patois principalement composé d'un latin corrompu, leur prononciation, et surtout le climat, la sérénité de l'air, l'éclat d'une lumière toujours abondante et pure, le mode de culture du sol et ses divers produits. Il nous semblait être dans une des villes du beau pays que sépare l'Apennin et qu'environnent la mer et les Alpes (2).

(2) ...il bel paese. Ch'Appennin parte e 'l mar circonda e l'Alpe. (Petrarca)

Selon le Littré (publié de 1872 à 1877), un hystérolithe, du grec hystéro (matrice, qui a donné utérus) et lithe (pierre), est en minéralogie une pétrification qui offre une représentation assez exacte des parties de la femme. Ce peut donc être aussi bien un caillou quelconque ou un fossile dont la forme suggestive lui fait attribuer ce nom. Dans le cas qui nous intéresse, on trouve notamment à Caudiès des fossiles d'huîtres (j'en ai un quelque part à la maison de cet endroit précis), ceux-ci pourraient répondre à cette description.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Huître fossile

Autre remarque : il est courant pour les voyageurs de l'époque de qualifier de latin corrompu l'occitan ou le catalan qu'ils entendent autour d'eux, comme s'ils ne pouvaient imaginer que les provinciaux puissent avoir une véritable langue différente du français.

Source : Rosalis (Bib. num. de Toulouse)
Portrait d'Antoine Ignace Melling : Pierre Roch Vigneron vers 1830 (domaine public, via Wikimedia Commons)
Photo bandeau titre : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA)
Photo fossile :
Gryphaea arcuata Lamarck, 1801 (France), par Parent Géry (CC-BY-SA, via Wikimedia Commons)


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dimanche 3 août 2014

Famille nombreuse à Torreilles en 1912

En 1912, les naissances de triplés sont moins fréquentes qu'à notre époque et c'est donc encore un événement que l'on signale dans la presse. C'est ce que fait, non sans humour, le n°2 du Rappel catalan daté du 21 janvier 1912, concernant une famille de Torreilles.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Torreilles

Fécondité .- Mme Pomarède Catherine, née Palmade, âgée de 36 ans, vient de mettre au monde 3 enfants (2 garçons et une fille), qui, ainsi que la maman, se portent bien. Ce cas de fécondité, heureusement assez rare, fait que le papa, Pomarède Jacques, qui n'a pour tous biens que ses bras, se trouve actuellement avec 8 enfants à élever.
Or, si Dieu bénit les nombreuses familles, il ne les nourrit pas ; aussi, nous sommes persuadés que la municipalité, qui, du reste, s'est déjà occupée de ces braves gens, fera le nécessaire dans cette circonstance, pour leur venir en aide dans la plus large mesure possible.


Note : De nos jours les naissances de triplés ne constituent que 0,1% du total des naissances, contre à peu près 3,5% pour les jumeaux. Bien que faible, ce taux a significativement augmenté par rapport au siècle passé avec le développement des techniques de procréation.


Source : Rappel catalan du 21 janvier 1912 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
Photo : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA)



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