mardi 18 novembre 2014

Des guérisseurs à Vivès en 1882

Le centre de Vivès
C'est l'histoire d'un drame d'apparence banale que nous relate le quotidien L'Espérance du 4 janvier 1882. Mais grâce à ce fait divers, c'est également un type d'information rarement écrite qui est parvenu jusqu'à nous. En effet, les familles de guérisseurs sont souvent connues localement mais leur réputation se fait généralement par le bouche à oreille et leur souvenir se perd alors avec l'ensemble du savoir oral au gré des générations. Le journaliste de l'époque a sans doute tenu à leur rendre hommage.

Palalda, 2 janvier.

Dans le courant de la semaine dernière, un homme originaire de Serrallongue, garçon muletier à la métairie Aldaï, territoire de Palalda - suivait sur la grand-route, entre Céret à Amélie-les-Bains, une lourde charrette chargée de farine.
Chemin faisant, tout en causant avec le charretier, il fit un faux pas, tomba sous le véhicule, et une roue lui broya la jambe droite.
On mit le pauvre estropié sur la charrette et on le conduisit à la métairie Aldaï, laquelle appartient à la famille de Lourdoueix.
Lorsqu'il fut reposé, on le porta à Vivès, chez MM. Noé. De père en fils, les Noé reçoivent le don de remettre les fractures.
Il parait cependant que pour ce pauvre malheureux, l'amputation deviendra nécessaire, tellement sont broyés les os de sa jambe.
Les Noé, aussi bien ceux de Vivès que ceux de St-Michel-de-Llotes, rendent d'admirables services dans le département ; non-seulement ils n'acceptent aucune rémunération, mais ils donnent bien souvent des secours aux malheureux qui viennent implorer leur guérison.

On imagine sans mal la souffrance de ce pauvre muletier qu'il a fallu ramener chez lui avant de se décider à le porter de Palalda à Vivès (16 km de nos jours) pour sans doute au final le ramener ailleurs pour une amputation.

La métairie Aldaï est aujourd'hui mentionnée sur la carte IGN  sous le nom de Mas Alday et se trouve en bas de Palalda, près du Tech. Palalda est encore une commune à cette époque, n'étant fusionnée avec Amélie-les-Bains qu'en 1942. Serralongue, village d'origine du muletier, se trouve plus haut en Vallespir.

La famille Noé de Vivès, dans les Aspres, a donné plusieurs maires à la commune, dont le plus connu, Joseph, maire de 1884 à 1902, a également été conseiller général du canton de Céret. Il y a aussi un Dominique Noé vers 1814 et un Jacques Noé de 1919 à 1921.

A Saint-Michel-de-Llotes, en Ribéral, un certain Dominique Noé a aussi été maire de 1830 à 1848 puis de 1852 à 1867.

Ces familles de guérisseurs existent-elles encore de nos jours ? L'annuaire ne montre plus de Noé dans ces deux communes, bien que l'on en trouve encore dans les environs. Cela ne veut pas dire qu"il ne sont plus présent en ces deux endroits ni que leur talent ne ce soit transmis sous un autre nom ou ailleurs. Seuls des habitants de Vivès ou Saint-Michel-de-Llotes pourraient nous en dire plus ?

Sources :
* Article de L'Espérance : Fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan  (domaine public)
* Maires de Vivès : De Vivers à Vivès : du 2ème au 3ème millénaire, mémoires d'un village, Vivès, Mairie de Vivès,‎ 1999
* Maires de  Saint-Michel-de-Llotes : MairesGenWeb
Photo : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA)

Pour rappel, dans ce même numéro du quotidien L'Espérance : les agissements anti-cléricaux du maire de Pollestres en 1881.

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samedi 15 novembre 2014

Tuée par la foudre à Caixas en 1892

La Lanterne (Paris) du 5 octobre 1892 nous informe d'un drame ayant eu lieu à Caixas, dans les Aspres, en raison d'un violent orage. Caixas comprend 335 habitants en 1892, pour 128 recensés en 2011.

Victime de la foudre

Perpignan, 3 octobre. - Hier matin, vers 6 heures 1/2, un orage violent s'est abattu sur Caixas. La foudre est tombée sur la métairie Liardeu et a tué une journalière de Calmeilles, nommée Rose Panicot, qui se trouvait sur le seuil de la porte. Trois autres personnes qui se trouvaient près de là n'ont eu aucun mal. Les dégâts causés par la foudre sont assez importants.

La métairie mentionnée dans l'article est située au nord-est de Caixas et est indiquée de nos jours sur la carte IGN sous le nom de Mas d'en Llardeu, devenu un hameau.
L'infortunée journalière est originaire de Calmeilles, commune frontalière de Caixas sur sa limite sud.

Source : Gallica (cf. lien)
Carte : Géoportail (IGN)

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samedi 1 novembre 2014

Promotion de Port-Vendres en 1780

Plan du port de Port-Vendres en 1777
Longtemps resté à l'abandon et sous-utilisé le port de Port-Vendres est remis en l'état après de long travaux d'amélioration par le gouverneur du Roussillon Augustin-Joseph de Mailly. Durant 15 années, de 1770 à 1785, celui-ci remanie la ville et le port,  fait creuser un port profond, construire des quais, des entrepôts, améliorer la visibilité et la sureté pour mettre les bateaux à l'abri.

En 1780, le port est déjà opérationnel mais reste méconnu. Il faut donc en faire la promotion pour attirer les navires et le commerce. On fait alors paraître un bel éloge de cet équipement dans le périodique Affiches, annonces, et avis divers, feuille hebdomadaire du 19 juillet 1780.

Cet hebdomadaire de 4 pages comprend déjà à l'époque des annonces de terrains à vendre, les derniers livres parus, les cours de la Bourse et des différentes devises, des avis divers et enfin les spectacles à ne pas manquer. Cette parution est destinée à un lectorat aisé, parmi lesquels se trouvent sûrement des investisseurs. Les termes sont donc bien choisis et les arguments présentés exposent tous les avantages du port de Port-Vendres qui en font, à n'en pas douter, un port idéal !



Avis sur la position de Port-Vendres.

Ce Port, situé en Roussillon, à 20 lieues de Barcelone & à 4 de Roses, sur la côte de la Méditerranée, s'étant comblé depuis longtems & ayant été abandonné, le Roi en a ordonné le rétablissement, & il est aujourd'hui en état de recevoir, non seulement les Bâtimens Marchands, quelques forts qu'ils puissent être, mais même les Frégates, & dans peu les Vaisseaux du Roi. Sa position formant le centre de la Méditerranée, il reçoit par sa droite tout ce qui sort du Détroit, & par sa gauche ce qui vient du Levant & de la côte d'Italie, au passage du golfe de Lyon : il présente à toutes les Nations commerçantes non seulement un point de réunion très-avantageux pour le commerce réciproque, mais en même tems, un entrepôt de rafraîchissement, & un asyle d'autant plus assuré, qu'il est à l'abri de tous les vents, par les montagnes qui l'environnent, & que les Bâtimens y sont aussi tranquilles que dans un Canal. Comme il n'est encore connu que de ceux qui depuis un an s'y sont réfugiés dans de gros tems, & lui ont dû leur salut, plusieurs ayant péri faute de le connoître, on vient de lui donner deux points de reconnoissance, en faisant mettre en blanc le Fort Saint Elme & la Tour de la Massane, placés sur les plus hautes montagnes des Pyrénées, qui sont vues de 15 à 20 lieues en mer ; & l'on a mis à l'entrée du Port, un Fanal qui porte la lumière à plus de 5 lieues dans la nuit. Le Roussillon, d'ailleurs, peut fournir par lui-même des Vins de la première qualité, des Huiles, du Fer, des Soies, des Laines presqu'aussi belles que celles d'Espagne, & plusieurs autres productions.

Vue du port à la fin du XVIIIème siècle


Source : Gallica (cf. lien)
Images :
* Plan de 1777 : Auteur inconnu, Service hydrographique de la marine consacré à la France [domaine public, coll. BnF, via Gallica]
* Bandeau périodique : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA, via Gallica cf. lien supra)
* Vue du port : dessin de Nicolas-Marie Ozanne (1728-1811), fin XVIIIème siècle [domaine public, coll. BnF, via Gallica]

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